Vie chrétienne

Les protestants expliqués aux catholiques

Pas toujours facile de savoir ce que l’autre croit (ou ne croit pas). Bien souvent, nous avons recours à des lieux communs et de vagues idées. Voici quelques éléments de réponse afin de mieux comprendre ce qui différencie les protestants des catholiques. Mais aussi ce qui les rapprochent.

L’Eglise

Le mot « Eglise » peut dans le langage courant servir à désigner trois choses : un bâtiment, une communauté locale, et un ensemble de communautés locale.

Partout où nous voyons la parole de Dieu être purement prêchée et écoutée, les sacrements être administrés selon l’institution de Christ, là il ne faut nullement douter qu’il y ait Église

Jean Calvin, Institution de la Religion Chrétienne, IV, 1, 9

Selon cette formule du réformateur Jean Calvin, l’Eglise est avant tout le rassemblement des chrétiens autour de la Parole de Dieu et des sacrements (plus à ce sujet un peu plus bas). En grec, d’ailleurs, le mot ecclesia (εκκλησια) signifie assemblée. C’est l’une des raisons pour lesquelles certains protestants évitent d’utiliser le mot « église » pour parler d’un bâtiment, et préfèrent d’autres mots (temple, chapelle, salle de culte).

Si vous visitez un lieu de culte protestant et que vous êtes habitués aux églises catholiques, vous serez frappés par la simplicité de ceux-ci. Si ils sont ancien, ils seront en pierre, sans fresque, sans statues, sans icônes. Il y aura probablement une croix, une Bible (plus ci-après), une table de communion et des bancs. Si vous entrez dans un lieu plus récent, les matériaux de construction peuvent varier, mais dans l’ensemble vous aurez le sentiment d’être dans une grande salle de réunion, avec certainement une croix (on en parle un peu plus loin en détail) à quelque part contre un mur.

A propos de l’Eglise, il faut encore préciser qu’il n’y a pas « une » Eglise protestante comme il existe « une » Eglise catholique (avec sa structure internationale, son pape, ses cardinaux, ses évêques, etc.). Les protestants sont organisés en communautés locales plus ou moins indépendantes, rassemblées en réseaux et fédérations, selon des critères géographiques, historiques et théologiques. Il y a ainsi une grande diversité au sein du protestantisme. Réformés, luthériens, baptistes, évangéliques, pentecôtistes, anglicans, presbytériens sont autant de noms qui désignent différentes sous-familles de la grande famille protestante. La plupart de ces sous-familles connaissent des organisations différentes selon les pays.

La Bible

La Bible occupe une place centrale pour les protestants. A la Réforme, 5 expressions se sont imposées pour évoquer l’essence de ce mouvement, on les appelle les « sola ». L’une d’elle dit « Sola Scriptura », « L’Ecriture seule », pour signifier que la Bible est la seule source d’autorité à laquelle nous nous référons. C’est pour cela que les réformateurs ont oeuvré à traduire la Bible et à la diffuser, afin que chacun y ait accès.

Le contenu d’une bible protestante est très similaire à une bible catholique. Certains livres – dits deutérocanoniques – sont absents des bibles protestantes. Les bibles catholiques suivent la traduction grecque de l’Ancien Testament, alors que les protestants ont préféré suivre le canon hébraïque. Cela implique aussi quelques différences de numérotation dans le livre des Psaumes.

Aujourd’hui, de plus en plus de traductions sont menées par des équipes rassemblants protestants et catholiques (et également parfois des orthodoxes).

Le culte

Lorsque les protestants se retrouvent le dimanche matin (généralement), c’est pour célébrer le culte. Contrairement aux prêtres catholiques célébrant la messe, les pasteurs ont une grande liberté de mouvement pour composer la célébration. Ainsi, si vous allez participer au culte dans une paroisse protestante proche de chez vous, puis le dimanche suivant faites 10 minutes de plus dans une autre direction pour un autre culte protestant, vous vivrez potentiellement deux expériences très différentes. Certaines paroisses sont plus liturgiques, alors que d’autres vivent les choses de manière plus détendues. Dans tous les cas, les membres de l’assemblées prennent une place importante dans la célébration.

La croix

Pas de crucifix chez les protestants, que ce soient autour du cou ou dans le lieu de culte (sauf parfois chez des luthériens). Vous pourrez trouver deux types de croix.

La croix latine

C’est la plus courante. Elle rappelle l’événement de la Croix en insistant sur la résurrection, plus que sur le sacrifice. Le Christ est ressuscité, il n’est plus sur la croix.

La croix de la chapelle de Meyrin-Village

La croix huguenote

Le plus souvent portée en pendentif, elle tire son nom des protestants de France. Parfois on la retrouve en grand format dans des temples réformés. Plusieurs éléments symboliques la composent. Une croix de malte, des fleurs de lys, une colombe, des rayons.

Pour en savoir plus, consultez cette page du Musée Protestant.

Croix huguenote.

La prière

Il fut un temps où les protestants étaient surnommés les tutoyeurs de Dieu. Avec la Réforme, les protestants ont insisté sur la possibilité pour le croyant de s’adresser directement à Dieu dans la prière. Cette « immédiateté » ayant été rendue possible par l’événement de Pâques où le rideau du Temple (symbolisant la séparation entre Dieu et l’humanité qui devait alors s’appuyer sur les prêtres pour jouer le rôle d’intermédiaires) a été déchiré de haut en bas. Ainsi, les protestants ne prient pas les saints, ni Marie. Ils prient uniquement le Dieu Père, Fils, et Saint-Esprit, à la deuxième personne du singulier.

Marie

Les dogmes de l’immaculée conception et de l’assomption n’ont pas de place en théologie protestante. Et nous ne prions pas Marie non-plus (comme je le mentionnais juste avant). Mais aucun protestant n’aurait l’idée de nier l’existence de Marie et le rôle crucial qu’elle a occupé dans l’Histoire. A vrai dire, l’expression « Mère de Dieu » pour parler de Marie ne pose pas de problème puisque selon les évangiles, Marie a bel et bien porté et enfanté Dieu. Les protestants confessent également la conception virginale.

Les sacrements

Les églises protestantes ne reconnaissent que deux sacrements : le baptême et l’eucharistie (que nous appelons Sainte Cène ou Cène). De nouveau, le critère pour les définir est celui de l’Ecriture, et Jésus n’a explicitement commandé à ses disciples que ces deux gestes-là.

Le baptême

Les églises protestantes se distinguent principalement en deux courants : les pédobaptistes et les crédobaptistes. Les premiers baptisent les enfants alors que les seconds ne baptisent que des personnes en âge de faire le choix en toute conscience et de professer publiquement leur foi.

Les églises pédobaptistes proposent le plus souvent un rite de confirmation à l’adolescence dans lequel la personne professe publiquement sa foi et « confirme » l’engagement qui a été pris à son baptême par ses parents.

Les baptêmes d’adultes ont lieu – le plus souvent – par immersion (c’est-à-dire en plongeant entièrement le-a baptisé-e dans l’eau). Certaines églises sont équipées de grands baptistères et le font dans leurs locaux, d’autres se rendent dans une rivière, un lac, ou (parfois) une piscine.

Pour toutes, le baptême est signe de l’amour de Dieu pour la personne qui reçoit le baptême. C’est également un signe de l’alliance que Dieu a conclue avec l’humanité, et un sacrement par lequel cette alliance entre Dieu et le/a croyant/e est publiquement manifestée.

L’eucharistie

La (Sainte) Cène trouve des sens différents selon les traditions protestantes. Les luthériens sont les plus proches de l’Eglise Catholique romaine en ce qu’ils confessent la consubstantiation, c’est-à-dire que la substance du corps et du sang du Christ cohabitent avec celle du pain et du vin mais ne la transforment pas. Les églises évangélique et certaines églises réformées en sont beaucoup plus éloignées, ne considérant la Cène que comme un acte symbolique, sans portée spirituelle particulière. Et entre deux, nous trouvons toutes les nuances possibles et imaginables.

Votre serviteur s’aligne sur Jean Calvin qui écrit ceci au sujet de la Cène :

L’Esprit unit vraiment des réalités qui sont dans des lieux différents. Jésus-Christ nous atteste et scelle dans la cène cette participation de sa chair et de son sang, par laquelle sa vie coule en nous, tout comme s’il s’introduisait dans nos os et dans nos moelles. Il ne nous présente pas un signe vide et trompeur, mais il y déploie la puissance de son Esprit, afin d’accomplir ce qu’il promet.

Jean Calvin, Institution de la Religion Chrétienne, IV, 17, 10.

Le clergé

Les églises protestantes ne connaissent pas de prêtres, mais en lieu et place ont des pasteurs (dont je fais partie). Ceux-ci peuvent se marier et avoir des enfants. De plus en plus d’entre elles ouvrent ce ministère aux femmes également. Comme suite à la mort et à la résurrection du Christ, ce qui séparait l’humanité de Dieu a été détruit, il n’est plus utile d’avoir des prêtres pour servir d’intermédiaires. Ainsi, les protestants comprennent le ministère du pasteur comme étant un service rendu par l’un des membres de la communauté. Il est ainsi habituel que le pasteur se place dans les rangs avec l’assemblée lors du culte pour signifier qu’il appartient à cette assemblée, sans avoir d’avantage particulier.

Certaines églises protestantes connaissent également le ministère de diacre, mais lui donne des définitions très différentes selon les lieux. Cela varie d’un rôle liturgique à un rôle de travail social, avec tout ce que l’on peut imaginer entre deux.

Ici moi-même, dans ma robe pastorale noire à rabat blanc, lors de mon culte de consécration dans la cathédrale St-Pierre à Genève.

Le Symbole des Apôtres

Voilà une chose que les catholiques et les protestants ont en commun : le Symbole des Apôtres (que certains appellent credo dans l’Eglise catholique). A une petite différences près. En effet, dans la dernière partie se trouve la phrase « Je crois la sainte Eglise catholique », que beaucoup de traditions protestantes rendent plutôt : « Je crois la sainte Eglise universelle ». Mais ce qui en apparence peut sembler être une différence majeure ne l’est pas tant que ça. En grec, le mot employé est καθολικός (katholikos) qui signifie « universel ». Ainsi même lorsque nous disons croire « la sainte Eglise catholique », il n’est jamais question de l’Eglise catholique romaine, mais de l’Eglise en tant que corps composé de l’ensemble des chrétiens, quelle que soit leur confession.

Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre.

Et en Jésus Christ, son Fils unique, notre Seigneur ; qui a été conçu du Saint Esprit, est né de la Vierge Marie, a souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort et a été enseveli, est descendu aux enfers ; le troisième jour est ressuscité des morts, est monté aux cieux,  est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant, d’où il viendra juger les vivants et les morts.

Je crois en l’Esprit Saint, la sainte Église catholique/universelle, à la communion des saints, à la rémission des péchés, à la résurrection de la chair, à la vie éternelle.

Amen

Ce point de convergence est probablement l’un des plus importants puisqu’il affirme le coeur commun de notre foi, identique pour protestants et catholiques.

En conclusion

Nous pourrions certainement dire encore beaucoup de choses sur les différences et similitudes entre catholiques et protestants. Retenons ceci : le protestant crois au Dieu Père, Fils, et Saint-Esprit. Il trouve dans la Bible la Parole de Dieu qui est seule à faire autorité. Il vit sa relation à Dieu directement, par la prière, la lecture de la Bible, et les sacrements du baptême et de la Sainte Cène. Le meilleur moyen de découvrir (et d’apprécier) ce que le protestantisme et les protestants ont à offrir est encore de le vivre. Alors allez une fois à un culte, pour découvrir ce qu’il s’y passe, et n’hésitez pas à solliciter un proche protestant pour lui poser toutes vos questions. Il n’aura peut-être pas de réponses, mais pourra vous diriger vers quelqu’un qui en aura. Je vous encourage également à aller voir ce que la pasteure Eloïse Deuker (paroisse EERV Pied du jura) fait sur Instagram.

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Pasteur dans l'EPG, je partage ici diverses réflexions, prédications et expériences, en espérant créer la discussion afin que nous puissions nous enrichir mutuellement.

4 Comments

  • Jean-Marc Leresche

    Cher Philippe, merci de tes éclairages très pertinents que j’imagine pouvoir partager avec des jeunes et des moins jeunes, car les différences confessionnelles suscitent bien des questions.
    Un autre élément rassembleur me semble être le Notre Père avec parfois la petite nuance : »aux/pour les siècles des siècles ».
    Bien à toi et belle suite.
    Amicalement, Jean-Marc

    • Philippe Golaz

      Tu as raison ! Une autre chose que l’on a en commun. Par contre il me semble que le « aux » vs « dans » relève plus du particularisme régional/générationnel que d’une vraie différence entre Eglises, non ?

  • Arlette et Philippe

    Merci pour ces explications qui nous aideront à mieux préciser ce que nous croyons et à les transmettre dans notre entourage.

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