Messe tridentine
Eglise

J’ai testé : La messe tridentine

Pour le premier dimanche de l’Avent, je me suis rendu à la chapelle Saint-Augustin, dans le quartier de Chailly à Lausanne. C’est une vierge très austère qui nous accueille les bras ouverts en signe de bénédiction, en haut de la volée de marche qui permet d’accèder à l’entrée de cette chapelle. J’arrive en même temps que l’Abbé Durham, et entre à sa suite dans la chapelle où j’entend les choristes qui sur la galerie répètent les chants grégoriens pour la cérémonie. L’Abbé va s’asseoir dans le confessional, alors que je prend place sur l’un des derniers bancs en attendant les amis qui m’ont invité à cette messe. La messe je connaît, un peu en tout cas, mais la messe tridentine, c’est une première pour moi. Vous ne savez pas ce que c’est ? Rien de bien étonnant à cela. Cette messe est célébrée selon le rite défini au Concile de Trente, en 1563, et qui a été la règle jusqu’à la réforme liturgique de Paul VI dans les années 1960. La particularité de cette messe est qu’elle est célébrée en latin, le prêtre tournant le dos à l’assemblée. Je suis donc rassuré d’être assis sur un des derniers bancs, afin de pouvoir mieux observer ce qui se passe dans cette “forme extraordinaire du rite romain”.

La liturgie est très belle, très codifiée également. Les chants grégoriens en latin emplissent agréablement la chapelle, et le fait que je n’aie pas de missel (il n’y en avait malheureusement pas à disposition des visiteurs) ne me dérange pas, un peu comme au Carmel de Mazille où j’aime à me laisser porter par le chant des soeurs sans ressentir le besoin d’y joindre ma voix.

Je ne peux cependant m’empêcher de ressentir un certain malaise dans cette célébration. Bien que la liturgie soit belle, on sent clairement qu’ici, la messe catholique ne requiert pas la présence d’une assemblée pour avoir lieu et pour être valable. La liturgie n’inclut l’assemblée, la communauté rassemblée, qu’en de rares moments, qui apparaissent comme des parenthèses au milieu du rite principal. A deux reprises une partie du texte latin est proposé en traduction française, et l’homélie est heureusement faite en langue vernaculaire. Au moment de l’eucharistie a lieu le second moment d’interaction entre l’assemblée et les officiants, mais ces derniers se gardent bien de rester de leur côté de la barrière qui sépare nef et coeur.
J’ai beaucoup d’affection pour mes frères et soeurs catholiques, et j’apprécie également grandement de pouvoir prendre part à une messe de temps à autres. Mais je suis également profondément protestant, et j’ai besoin dans la célébration, de me sentir mis en mouvement, saisi, édifié d’une manière ou d’une autre. Le fait que je n’ai pas été accepté à l’eucharistie ne m’a certainement pas aidé à me sentir “pris en compte” dans cette messe, mais même si j’avais bénéficié de l’hospitalité eucharistique je ne pense pas que cela aurait changé grand chose à mon sentiment général. Malgré la beauté de la liturgie tridentine, elle dresse à mon goût trop de barrières – aussi bien physiques que liturgiques – entre l’assemblée et Dieu, le prêtre habitant la sphère divine mais délaissant la sphère laïque avec laquelle il est censé faire le lien. La communauté des fidèles est ainsi présente pour récupérer les miettes, recevoir ce qu’on veut bien lui donner de ce Dieu qui m’a semblé tristement détaché de son peuple. Une messe dite en latin, tournant le dos à l’assemblée et marmonnant dans son coin, ainsi qu’un rite très cryptique dans son ensemble ne favorisent pas selon moi l’édification de la communauté, et il est regrettable de sacrifier cela en faveur d’une belle liturgie et du respect d’une tradition.

On me reverra assurément à la messe, mais une célébrée selon le rite ordinaire, en langue vernaculaire. Si le rite tridentin convient à certains, j’en suis ravi pour eux, mais ce n’est pas mon cas. « C’est l’Esprit Saint qui est à l’origine de la diversité dans l’Eglise, une diversité très riche est belle, mais l’Esprit Saint fait ensuite l’unité et l’Eglise est ainsi une dans la diversité » a dit le Pape François.

photo: © fssp.ch

 

Pasteur dans l'EPG, je partage ici diverses réflexions, prédications et expériences, en espérant créer la discussion afin que nous puissions nous enrichir mutuellement.

7 Comments

      • Minger

        La Messe notre Trésor …

        Extrait: Le rite sacrificiel de la messe reproduit donc celui de la cène. Tout comme celui de la cène, le rite de la messe est le signe sacramentel de l’unique sacrifice du calvaire, mais avec cette différence que ce qui à la cène était offert par préfiguration est désormais accompli  » en mémoire « , par commémoration. Cependant, le sacrifice sacramentel n’est pas une sorte de sacrifice supplémentaire, réitération ou multiplication des souffrances du calvaire, mais il ne fait qu’un avec l’unique sacrifice de la croix qu’il représente et commémore. A l’autel, selon les mots de saint Augustin  » le Christ qui s’est immolé Lui-même une fois pour toutes [sur le calvaire], s’immole chaque jour dans le sacrement1″, tandis qu’ « élevé au-dessus des cieux  » (He. 7, 26), notre grand Prêtre  » est toujours vivant pour intercéder en notre faveur  » (He. 7, 25), consommant en Son humanité glorifiée sa médiation sacerdotale. Vrai et authentique sacrifice,  » célébration de la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’Il vienne  » (1 Cor., 11, 26), le sacrifice de la Messe, est, comme l’a formulé Bossuet,  » une application perpétuelle [du sacrifice de la Croix], semblable à celle que Jésus-Christ en fait tous les jours au ciel aux yeux de son Père, ou plutôt c’en est une célébration continuée2 « .

        « Testament du Seigneur, la messe est le soleil de nos vies et notre trésor. Nous l’aimons en raison de ce qu’elle est substantiellement et principalement de par l’institution du Seigneur. Mais nous l’aimons encore telle que l’Église, à qui Jésus a confié sa célébration, nous l’a transmise à travers les siècles par le biais des diverses traditions liturgiques. Car c’est afin d’expliquer et de manifester aux yeux de toute l’Église les richesses insondables du rite essentiel légué par le Seigneur que se sont développés au cours des siècles les prières et les rites. Il est en effet possible de suivre pas à pas  » l’histoire de la Messe « , de ses premiers développements jusqu’à la codification des divers usages rituels d’Orient et d’Occident. Ainsi, un simple regard sur le récit de l’institution permet déjà d’entrevoir l’évolution des gestes d’offrande, les développements de la prière eucharistique et des rites de communion. De même, comme l’écrivit naguère le Père Roguet,  » [la valeur sacrificielle de l’Eucharistie] est précisée et explicitée par des rites secondaires et pourtant indispensables : paroles du canon, usage de l’autel, signes de croix, etc… qui précisent qu’en prononçant ces paroles le prêtre ne se livre pas à une simple méditation commémorative, mais accomplit vraiment un sacrifice6 « . Pour toutes ces raisons, que nous n’avons fait ici qu’esquisser, nous nous sentons profondément liés aux traditions liturgiques, et d’une manière spéciale au rite romain de la messe tel que l’a codifié saint Pie V  »

        Il n’est donc pas possible pour beaucoup de comprendre le sens mystique et sacré …

        Concernant le Pape François:
        Il est dit , que la Papauté doit être en conformité , tout enseignement du Saint-Père doit être filtré et compris dans le contexte de l’ensemble de l’enseignement catholique appelé la Sainte Tradition, qui dérive du « dépôt de la foi ». Car le ministère pétrinien ne se résume pas un pape. C’est la voix de Pierre à travers les siècles !

        Saint Matthieu 16 v 16 : 23

        « Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle ».

        Comprenne qui pourra …Le Pape est souvent dans ses propres contradictions …

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