Au milieux des mèmes et des messages concernant le Coronavirus qui composent l’essentiel de mon fil d’actualité sur Facebook, je suis tombé sur une image qui m’a immédiatement fait réagir. Sur cette image, on peut voir deux personnages penchés sur un chiffre dessiné au sol. L’un voit un six alors que l’autre voit un neuf. La légende lit ceci : « Ce n’est pas parce que tu as raison, que moi j’ai tort. C’est juste que tu n’as pas le même point de vue que moi. » En substance, le message que cherche à faire passer cette image, c’est qu’il n’existe pas de Vérité, seulement des opinions, et que toutes sont également valables. Cette « philosophie » – caractéristique du mode de pensée occidental postmoderne – véhiculée ici présente de nombreux problèmes.

Deux personnes ne sont pas d'accord sur un chiffre dessiné au sol. Est-ce un six ou un neuf ? La légende lit : "Ce n'est pas parce que tu as raison, que moi j'ai tort. C'est juste que tu n'as pas le même point de vue que moi."

Un six ou un neuf ?

Si chaque personnage de l’image a son propre point de vue sur la situation, c’est bel et bien sur un élément concret et objectif que se porte leur attention. Et ils en font une interprétation à partir des observations qu’ils sont capables de faire. L’un arrive à la conclusion qu’il est face à un si, alors que l’autre arrive à la conclusion qu’il est face à un neuf. Seulement, il n’y a qu’un seul « objet », et cet objet ne peut pas être à la fois un six et un neuf. Il est soit l’un soit l’autre. Comment déterminer alors quelle interprétation est correcte ?

L’importance du contexte

Tout objet, tout fait, tout événement existe dans un contexte donné. Rien de ce que nous pouvons expérimenter ou observer existe seul. Il convient alors, toujours, de tenir compte du contexte afin de tirer les conclusions qui s’imposent et d’interpréter correctement la réalité. Le dessin qui nous est proposé n’offre cependant aucun contexte à la situation. Si nous acceptons que ce dessin cherche à nous faire considérer des situations concrètes de nos vies, il convient alors de chercher à le transposer dans une situation réaliste que nous pourrions rencontrer. Pourquoi un chiffre serait-il peint par terre ? Généralement, cela est fait pour identifier un lieu donné (une place de parc, une piste d’atterrissage, un couloir de course, etc) . Il se trouve alors habituellement pris dans une séquence avec d’autres chiffres. Pour nous aider à déterminer si nous sommes face à un six ou un neuf, cherchons alors s’il y a un cinq ou un huit à proximité immédiate. D’autres éléments de la réalité peuvent nous aider à déterminer cela, comme du texte, des éléments venant délimiter l’espace, etc.

La parole du créateur

De toute évidence, ce chiffre ne s’est pas matérialisé seul. Il a été imaginé, pensé et créé par une personne, par un créateur. Si nos deux personnages n’arrivent pas à se départager, et que rien dans le contexte ne permet de déterminer qui a raison, alors seul le créateur peut définir définitivement qu’elle interprétation est correcte. S’il dit que c’est un six, alors celui qui voyait un neuf devra reconnaître qu’il s’est trompé et il se déplacera pour se placer de l’autre côté afin de contempler le six tel qu’il a été imaginé. Il en va de même pour l’autre personnage si le créateur dit avoir dessiné un neuf. Le même raisonnement s’applique à toute œuvre d’art ou œuvre littéraire. Nous pouvons parfois débattre sans fin de l’interprétation à donner à tel tableau ou tels mots. Mais lorsque le créateur de l’œuvre intervient et donne le sens de son œuvre le débat est clos.

Oser chercher la Vérité

Si, à chaque fois que nous sommes confrontés à une personne ayant une perspective différente de la nôtre, nous déclarons « ce n’est pas parce que tu as raison, que moi j’ai tort. C’est juste que tu n’as pas le même point de vue que moi », nous allons petit à petit nous enfermer dans une interprétation du monde centrée sur nous-même. Dire cela, c’est refuser de se mettre à la place de l’autre. C’est refuser de considérer son point de vue, c’est refuser d’entendre son raisonnement. Car peut-être que l’autre aura remarqué quelque chose du contexte qui m’avait échappé. Peut-être que cet autre est le créateur de l’objet que je suis en train de contempler. En poursuivant cette voie, nous nous éloignons les uns des autres.

Il y a une Vérité, unique et absolue. Jésus a dit : « Moi, je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi » (Jean 14:6). Il n’est pas une vérité parmi d’autres, il n’est pas un chemin parmi d’autres. Il est LA Vérité et LE Chemin. Cette affirmation, nous ne pouvons pas la balayer d’un revers de la main en déclarant qu’elle n’est qu’une opinion parmi d’autres. Soit nous le confessons, soit nous le réfutons. Soit Il est le chemin vers le Père, soit il ne l’est pas. Nous ne pouvons pas nous approcher de la Vérité à coup de relativisme et en refusant de questionner notre interprétation de la réalité.

Catégories : Société

Philippe Golaz

Pasteur dans l'EPG, je partage ici diverses réflexions, prédications et expériences, en espérant créer la discussion afin que nous puissions nous enrichir mutuellement.

4 commentaires

Jean-Marc Leresche · 16 juillet 2020 à 16:45

Merci, Philippe, de cette réflexion. Merci aussi de rappeler l’importance du contexte.

Maintenant, je pose la question qui dérange, à laquelle je me frotte parfois: « Je suis LE chemin, LA vérité et LA vie » parle certainement aux croyants (et chrétiens) que nous sommes en la personne de Jésus-Christ. Mais comment résonnent ces mots aux oreilles d’un athée, ou de quelqu’un qui ne reconnaît pas le Christ comme (son) Sauveur. LE et LA ont une portée universelle et une valeur d’absolu qu’il me paraît difficile parfois de défendre de ceux et celles qui nous disent qu’ils ne croient pas en ce même chemin. Souvent, je questionne qu’est-ce que TA vérité ? TON chemin.
Ou alors, on tombe dans une sorte d’absolu de la pensée : seule MA pensée, seule MA vérité est digne de confiance.

C’est un peu comme LE sens de LA vie. Impossible pour moi de le définir, mais exprimer ce qui donne DU sens à MA vie est alors possible et pertinent. Qu’en penses-tu ?

6 ou 9 ?

Bien à toi. Amitiés et bel été.

    Philippe Golaz · 17 juillet 2020 à 08:42

    Merci de ta remarque cher Jean-Marc.
    Le relativisme postmoderne porte en lui-même une contradiction impossible à résoudre. L’absence de vérité objective est élevée en dogme et cherche à s’affirmer comme étant la vérité ultime, et ainsi elle se contredit elle-même (un peu de la même manière que le fameux « il est interdit d’interdire »). Si nous croyons que Dieu existe (et IL existe), alors il y a une vérité objective. Cette vérité correspond à ce qu’est la réalité. Maintenant, le postmodernisme a raison lorsqu’il affirme que l’être humain est limité et imparfait, et que sa perception de la réalité est biaisée, limitée et imparfaite. En tant que chrétien, nous identifions cette limite et cette imperfection au péché.
    Ainsi, il existe une vérité objective, révélée par Dieu dans la Création et par Sa Parole. Mais cette vérité est extérieure à moi. Je ne peux donc pas prétendre la posséder entièrement. Sinon, je me mets à la place de Dieu. MA pensée, n’est pas LA vérité. La pensée de Dieu l’est. Je suis dans la vérité lorsque j’arrive à aligner ma pensée sur celle de Dieu.
    Et ma vie étant créée, pensée et voulue par le Dieu créateur, c’est aussi en Lui que je peux trouver le sens de ma vie. Je repense à l’histoire de Pinocchio (probablement parce qu’on ressort les vieux dessins animés pour ma fille). Créé par Geppetto, il décide de trouver le sens de son existence ailleurs, mais se retrouve transformé en âne. Ce n’est que lorsqu’il retourne à son créateur dans le ventre de la baleine (clin d’oeil à la repentance de Jonas) qu’il devient le vrai lui, que sa création se trouve achevée et qu’il devient un vrai petit garçon.

Jean-Marc Leresche · 18 juillet 2020 à 11:37

Merci, cher Philippe, notamment de la référence à Pinocchio, que nous avions abordé avec des jeunes il y a une année, dans une animation-catéchisme.
Aligner ma pensée sur celle de Dieu, je ne peux qu’affirmer que je n’y arrive qu’à tâtons et que lorsque cela arrive, c’est un instant de grâce, un instant de vérité vraie et pure ! Et comment être sûr que mon curseur est bien positionné ? Je fais confiance à l’Esprit qui souffle et me convainc (ou ma conscience), à l’image du Criquet.

Merci, la réflexion se poursuit.

Oser dire une vérité qui dérange - Théologiquement Vôtre · 4 août 2020 à 10:40

[…] Jean-Marc Leresche dans Existe-t-il une vérité objective ? […]

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