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Les dons de l’Esprit (les mots de la foi)

Cet article fait partie d’une petit série intitulée Les mots de la foi. Une partie de ces mots ont été proposés par des lecteurs. Le thème des dons de l’Esprit dont il est question ici est, en revanche, une initiative purement personnelle.
N’hésitez pas à faire des propositions en commentaire ! 🙂

Les dons de l’Esprit, vous connaissez ? Très courant au sein de certaines dénominations chrétiennes, ils sont également partiellement ou totalement inconnus à d’autres. Les avis sur la question sont aussi très divergents, et je souhaite vous proposer une petite plongée dans les Ecritures pour voir ce que notre ami Paul nous dit, car c’est chez lui que l’on trouve la plupart des passages à ce sujet. J’essaie ici de répondre à quelques questions autour des dons de l’Esprit, à commencer par expliquer brièvement ce que c’est ? Une façon de démystifier certains de ces charismes, aussi bien pour ceux qui y sont étrangers que pour ceux qui les pratiquent. Je tenterai ensuite de répondra brièvement à la question brûlante de la continuité des dons de l’Esprit, pour enfin proposer quelques pistes de réflexion à ce sujet pour l’Eglise d’aujourd’hui.

Quels sont ces dons ?

L’apôtre écrit en 1 Co 12 qu’il y a « diversité de dons, mais le même Esprit; diversité de services, mais le même Seigneur, diversité d’actes, mais le même Dieu qui accomplit tout en tous. » Ainsi, quand le Saint-Esprit habite une personne, il se manifeste de différentes manières. Chaque don a sa propre utilité, mais tous ont la même origine, et tous ont la même finalité, à savoir le bien de la communauté et Dieu. Plusieurs textes bibliques mentionnent des dons de l’Esprit, ou charismes, et les listes diffèrent les unes des autres. Ainsi, nous pouvons citer Romains 12:6-8, 1 Co 12:28 et 1 Co 12:8-10. C’est sur ce dernier texte que je souhaite me pencher plus en détails ici, car il fournit la liste la plus complète, et la plus communément citée dans les milieux qui ont une théologie donnant une place importante à ces dons.

à l’un est donnée par l’Esprit une parole de sagesse; à un autre une parole de connaissance, selon le même Esprit; à un autre la foi, par le même Esprit; à un autre des dons de guérisons, par le même Esprit; à un autre la possibilité de faire des miracles; à un autre la prophétie; à un autre le discernement des esprits; à un autre de parler diverses langues; à un autre l’interprétation des langues.
(1 Corinthiens 12:8–10)

Prenons-les l’un après l’autre pour rapidement les expliquer, et peut-être chasser quelques malentendus.

La parole de sagesse

Il faut aller chercher un petit peu plus tôt dans la première lettre aux Corinthiens pour avoir une explication de la parole de sagesse. Paul y dit au chapitre 2 que cette sagesse est « la sagesse de Dieu mystérieuse et cachée, celle que Dieu, avant tous les temps, avait préparée d’avance pour notre gloire. […] C’est à nous que Dieu l’a révélé, par son Esprit, car l’Esprit examine tout, même les profondeurs de Dieu. […] personne ne peut connaître les pensées de Dieu, si ce n’est l’Esprit de Dieu. Or nous, nous n’avons pas reçu l’esprit du monde, mais l’Esprit qui vient de Dieu, afin de connaître les bienfaits que Dieu nous a donnés par sa grâce. Et nous en parlons non avec les paroles qu’enseigne la sagesse humaine, mais avec celles qu’enseigne l’Esprit Saint. Ainsi nous employons un langage spirituel pour exprimer ce qui est spirituel. »
Cette parole de sagesse touche à la révélation de la pensée de Dieu, de ses désirs, des réalités spirituelles que l’on ne peut saisir par nos voies humaines. Nous ne sommes cependant pas ici dans le même genre de registre que les religions à mystère qui promettent de révéler des secrets occultes à certaines conditions. Nous sommes ici dans une dynamique de relation, dans une relation si intime qu’il nous est donné de connaître Dieu, comme lui nous connaît, et de pouvoir ainsi parler à un niveau spirituel des réalités spirituelles.

La parole de connaissance

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p dir= »ltr »>Il est un petit peu plus difficile de définir la parole de connaissance sur le plan biblique. Paul n’en dit pas grande chose ici. Il est à nouveau question d’un don qui implique le langage et la parole, ainsi qu’une révélation divine. Pierre reçoit une parole de connaissance en Ac 10:19 : « Et comme Pierre réfléchissait à la vision, l’Esprit lui dit: Voici, trois hommes te demandent; », et probablement une autre en Ac 5:3 « Pierre lui dit: “Ananias, pourquoi Satan a-t-il rempli ton cœur, au point que tu aies menti au Saint-Esprit et gardé une partie du prix du champ?“ »
La parole de connaissance peut révéler une réalité dont on ne peut avoir connaissance autrement, ou inciter à une action, comme pour Ananias à qui l’Esprit dit de se rendre à la rue droite pour y rencontrer Paul.

La foi

Voilà un don qui ne pose pas trop de problèmes de compréhension. Certains commentateurs y voient une foi différente de celle qui anime tous les chrétiens, mais à lire le texte de près, rien ne permet de dire qu’il y ait différents type de foi, ou différents niveaux. Bien plutôt, nous devons y voir un rappel que notre foi, nous ne la devons pas à nos propre efforts, ou à la prédication d’un pasteur en particulier. Même si les efforts d’une personne auprès de nous pour nous annoncer l’Evangile auront certainement contribué à la naissance de notre foi, c’est à Dieu seul que nous la devons.

Les dons de guérison

Oui, les évangiles rapportent de nombreux récits de guérison effectués par Jésus. Mais jamais Jésus n’a dit que seul lui pouvait en réaliser. Au contraire ! Il a lui-même envoyé ses disciples guérir les malades (Luc 9:1; 10:9). Dans le livre des Actes, les apôtres opèrent des guérison (Ac 3:7; 4:22; etc.), et même Paul, lui qui n’a jamais connu le Christ de son vivant, guérit un infirme (Ac 14:9-10).

Les miracles

Avec les miracles, nous sommes relativement proche des guérisons. La guérison étant un acte miraculeux en soi. Cela englobe probablement les guérison, ainsi que d’autres actes miraculeux. Jésus en opère un bon nombre dans les évangiles comme l’eau changée en vin (Jean 2:9) et la tempête apaisée (Matt 8:26). Les apôtres dans le livre des Actes opèrent à nouveau des miracles, et Paul dans plusieurs de ces lettres mentionne que des miracles ont lieu dans les premières communautés chrétiennes (1 Thess 1:5; Gal 3:5; 2 Co 12:12). Le fait de chasser des esprits impurs (attesté dans les évangiles et dans les Actes) peut être rangé sous le don de guérison ou de miracle. 

La prophétie

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p dir= »ltr »>Si vous vous imaginez une boule de cristal et des cartes de tarot, laissez tombez tout de suite. Littéralement, le prophète est celui qui parle pour quelqu’un d’autre. Dans l’Ancien Testament, les prophètes sont des hommes que Dieu envoie avec un message à transmettre, une parole à proclamer au reste des hommes. Il peut arriver que la prophétie concerne un événement à venir, mais elle peut aussi prendre la forme d’un encouragement ou d’une mise en garde. Dans la première épître aux Romains, Paul donne un long enseignement sur l’exercice de la prophétie, qui demande entre autres à ce que les paroles soient évaluées. « Quant aux prophètes, que deux ou trois parlent, et que les autres évaluent leur message. Et si un autre membre de l’assistance a une révélation, que le premier se taise. En effet, vous pouvez tous prophétiser l’un après l’autre, afin que tous soient instruits et que tous soient encouragés. » (1 Corinthiens 14:29–31) Au final, la prophétie a pour but d’instruire et d’encourager les chrétiens.
C’est le don le plus important pour Paul : « Recherchez l’amour. Aspirez aussi aux dons spirituels, mais surtout à la prophétie. » (1 Co 14:1)

Le discernement des esprits

Lors de manifestations spirituelles, ou surnaturelles, le discernement des esprits permet de percevoir l’origine de l’esprit qui se manifeste. Cela peut être utile pour évaluer un message apporté par un prétendu prophète. « Bien-aimés, ne vous fiez pas à tout esprit mais mettez les esprits à l’épreuve pour savoir s’ils sont de Dieu, car plusieurs prétendus prophètes sont venus dans le monde. » (1 Jean 4:1)

Parler diverses langues

Dans ce passages, c’est bien le don de parler « diverses langues » qui est mentionné. Il s’agit du don expérimenté par les apôtres à la pentecôte, en Actes 2:4-6 : « Ils furent tous remplis du Saint-Esprit et se mirent à parler en d’autres langues, comme l’Esprit leur donnait de s’exprimer. Or il y avait en séjour à Jérusalem des Juifs, hommes pieux venus de toutes les nations qui sont sous le ciel. A ce bruit, ils accoururent en foule, et ils furent stupéfaits parce que chacun les entendait parler dans sa propre langue. » Il s’agit du phénomène de xénolalie.

La glossolalie, ou le parler en langues, est un autre phénomène qui consiste, sous l’influence du Saint-Esprit, à parler une langue inintelligible aux hommes. C’est ce dont Paul parle en 1 Co 13:1, et en 1 Co 14:5, qu’il nomme aussi « langue des anges ». C’est ce second phénomène que l’on rencontre le plus souvent dans les assemblées charismatiques, et envers lequel Paul se montre extrêmement critique en 1 Co 14: « Celui qui parle en langues ne parle pas aux hommes mais à Dieu, car personne ne le comprend, et c’est en esprit qu’il dit des paroles mystérieuses. […] Si votre langue ne donne pas une parole intelligible, comment saura-t-on ce que vous dites? En effet, vous parlerez en l’air. […] En effet, si je prie en langues, mon esprit est en prière, mais mon intelligence est stérile. Que faire donc? Je prierai avec mon esprit, mais je prierai aussi avec mon intelligence; je chanterai avec mon esprit, mais je chanterai aussi avec mon intelligence. » Je vous invite à lire l’ensemble des chapitres 13 à 14 de la première épître aux Corinthiens qui donne un enseignement étendu à ce sujet.

L’interprétation des langues

Comme Paul le fait comprendre très clairement dans le passage cité précédemment, pour que le don du parler en langues soit utile à l’édification de la communauté, il est nécessaire qu’il y ait une interprétation qui soit donnée.

Sont-ils encore d’actualité ?

Sous l’influence de la théologie libérale, certains rejettent l’idée que les dons de l’Esprit soit encore d’actualité, et vont parfois même jusqu’à les considérer comme étant plutôt des manifestations de maladies psychiques. D’autres courants plus confessant, considèrent au contraire que l’Esprit est toujours actif au sein de l’Eglise, et ne se limite pas à donner un petit coup de main à la compréhension du texte biblique, mais persiste dans l’accomplissement de miracles, et dans la communication de révélations et de paroles venant de Dieu.

Rien, dans le texte biblique, n’indique que les dons devraient cesser, ou auraient cessés. Au contraire, nous avons de nombreux témoignages que les dons ont continué d’exister, même après la mort des premiers apôtres. Cela n’est donc pas suffisant pour dire que les dons de l’Esprit ne sont plus d’actualité. En revanche, l’absence de manifestations du Saint Esprit dans de nombreuses communautés, due soit à de l’ignorance ou de la méfiance, sont en effet un bon argument pour constater que dans tel lieu précis, l’Esprit n’est plus actif. Il ne faut pas pour autant déclarer que c’est cette situation de sécheresse spirituelle qui doit prévaloir dans l’ensemble de l’Eglise.

Comment se positionner ?

Il faut reconnaître que la méfiance de certains envers la pratique des dons de l’Esprit est compréhensible. Déjà l’apôtre Paul, comme nous l’avons vu, met en garde contre l’utilisation des dons, qui doivent être employés uniquement pour l’instruction et l’édification de l’Eglise. Certaines communautés charismatiques encouragent à outrance leurs membres à parler en langues, considérant que seul celui qui parle en langues est un vrai converti. Ils délaissent ainsi les autres dons, plus utiles (bien que moins spectaculaires), comme les paroles de connaissance, de sagesse ou la prophétie. « N’éteignez pas l’Esprit, ne méprisez pas les prophéties, mais examinez tout et retenez ce qui est bon » (1 Thes 5:19-21). C’est probablement l’importance exagérée donnée aux dons de l’Esprit, et particulièrement à la glossolalie, qui a conduit Paul à écrire les chapitre 12 à 14 de la première épître aux Corinthiens. Il dit à ce propos que « Si j’ai le don de prophétie, la compréhension de tous les mystères et toute la connaissance, si j’ai même toute la foi jusqu’à transporter des montagnes, mais que je n’ai pas l’amour, je ne suis rien » (1 Co 13:2). L’amour est mentionné par Paul comme fruit de l’Esprit, en Gal 5:22, qui a une importance toute particulière dans notre manière de considérer et de pratiquer les dons de l’Esprit : « Mais le fruit de l’Esprit, c’est l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance, la foi, la douceur, la maîtrise de soi. » Les dons sont utiles à la vie de l’Eglise, et à la vie du chrétien, mais ils doivent porter du fruit.

Et surtout, n’oublions pas qu’il s’agit de dons. Ils ne sont pas des récompenses pour notre excellence spirituelle. Ils ne nous appartiennent pas. Ils ne doivent pas être un sujet d’auto-glorification. Car Dieu les distribue par grâce, selon les nécessités et les opportunités, et cela dans la diversité. Il peut également les retirer. Et s’Il en retire, ce n’est pas (obligatoirement) par punition non plus, mais là aussi, selon les nécessités.

images d’en-tête: La Pentecôte, par Jean II Restout, huile sur toile, 1732.

Les autres articles de la série « Les Mots de la Foi »

golazphil

Etudiant en Master de théologie à Lausanne, je partage ici diverses réflexions et expériences, en espérant créer la discussion afin que nous puissions nous enrichir mutuellement.

2 Comments

  1. Si je suis correctement ton article, le don des langues de 1 Cor 12 correspond d’avantage à la faculté de parler des langues étrangères humaines (xenolalie) de façon plutôt qu’au parler en langues (glosolalie). Du coup je me pose la question du don d’interprétation des langues que tu sembles pour le coup rattacher à la glosolalie, mais ne faut-il pas le rattacher aussi plutôt à la xenolalie dans ce contexte ?

    • En effet, le grec de 1 Co 12,10 lit « γένη γλωσσῶν » (des sortes/types de langues), qui semble se rapprocher plus de l’expression de Ac 2,4 « ἑτέραις γλώσσαις » (des langues étrangères). Paul pourtant, en 1 Co 13-14, semble clairement se référer à la glossolalie, en employant les expressions « γλώσσαις τῶν ἀγγέλων » (langue des anges) qu’il oppose clairement à « γλώσσαις τῶν ἀνθρώπων » (langues des hommes). Et plus loin « celui qui parle en langue ne parle pas aux hommes mais à Dieu, car personne ne le comprend, et c’est en esprit qu’il dit des paroles mystérieuses. » (1 Co 14,2).
      Peut-on alors considérer que la glossolalie serait une forme particulière de xénolalie ? Je n’ai pas voulu entrer trop en détail dans les questions que soulèvent la lecture du grec. Cela mériterait que j’y consacre plus de temps et d’énergie, et le but ici n’était pas d’offrir un article de détail sur cette question précise. Néanmoins, il est intéressant de noter un certain flou dans l’expression de Paul en 1 Co 12,10. Ce n’est pas exactement la même que celle des Actes, mais elle semble tout de même se démarquer de celles employées par Paul plus loin dans le texte.

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