Lecture : Matthieu 2:1-12

Dimanche de l’Epiphanie

Le premier dimanche de janvier est habituellement le dimanche de l’épiphanie. C’est un dimanche qui passe parfois un peu inaperçu car c’est aussi le jour du retour des vacances, beaucoup sont soit sur la route pour rentrer, entassés dans un terminal d’aéroport, ou profitent d’un dernier jour pour faire la grasse matinée avant de reprendre la route du travail ou de l’école demain matin. C’est le jour où l’on défait ses valises et où on les range en attendant l’été où les affaires de plage ou de randonnée viendront remplacer les équipements de ski.

Alors, de voyage, il en est justement question à l’Epiphanie. Mais pas le même genre de voyage que certains d’entre nous ont pu entreprendre ces deux dernières semaines. Il n’est pas question ici d’un voyage de plaisance et d’agrément. On fête le voyage entrepris par les mages venus d’orient pour adorer l’enfant Jésus.

Le récit est très court, seulement 12 versets durant lesquels ces mages apparaissent et disparaissent, non sans laisser derrière eux quelques cadeaux et de la place pour que l’imagination et la tradition viennent y rajouter quantité d’éléments. Si vous avez écouté attentivement le texte, vous aurez peut-être été surpris de constater que beaucoup de choses que l’on raconte à leur sujet ne se trouve pas dans le texte biblique. On y a ajouté tous ces éléments, comme si l’histoire n’était pas suffisamment intéressante telle qu’elle se trouve dans l’Evangile.

Même si c’est un texte qui laisse beaucoup de questions ouvertes comme
– D’où viennent-ils ?
– Qui sont-ils exactement ?
– Combien sont-ils ?
Le peu que l’on sait est déjà très riche de sens, comme les cadeaux qu’ils apportent avec eux et sur lesquels je vous propose que nous nous arrêtions ce matin. Car ils ne sont pas anodins du tout.

Or

Le premier présent des mages est l’or. Qui parmi nous a de l’or sur lui ou elle ? Probablement qu’il y a un bon nombre d’alliances en or, quelques chainettes, colliers ou peut-être même une montre j’imagine. Ce qui fait la valeur de ces objets avant tout, ce n’est pas tant le métal dont ils sont faits que de la personne qui nous l’a offert, ou une étape de notre vie à laquelle cet objet est lié. L’or a de la valeur, une grande valeur même, mais ce n’est pas là que réside sa vraie valeur.

Il en va de même pour l’or des mages. L’or était le métal le plus précieux connu à l’époque. Un métal que seuls les puissants pouvaient se permettre de posséder, comme un roi par exemple. En offrant à Jésus de l’or, les mages manifestent ainsi sa royauté. Et c’est là que réside la vraie valeur de cet or.

Jésus est un roi, ils l’ont su en observant les étoiles. Et à ce roi, ils viennent offrir ce qu’ils ont de plus précieux. Mais Jésus n’est pas un roi de la même manière qu’Elizabeth II d’Angleterre est reine. C’est ce qu’Hérode ne comprend pas et qui vient justifier sa peur face à cet enfant. Non, Jésus est roi de nos vies indépendamment de nos autorités politiques. Il est un roi spirituel, avec des sujets spirituels.

Si nous le reconnaissons comme tel, alors que pouvons- nous lui offrir pour manifester cette royauté, à l’image de l’or des mages ? Ici il ne faut pas réfléchir en terme de « cadeau utile », comme si Jésus aurait besoin de quelque chose que l’on posséderait. J’aurais envie de dire cadeau symbolique, mais je crois que trop souvent, c’est le nom que l’on donne à des petits cadeaux qui ne valent pas grand chose et que l’on cherche à faire passer pour particulièrement réfléchi et choisi. L’or, c’est un cadeau qui engage ma personne. qui manifeste la nature royale de Jésus.

Alors on peut se demander : quel or je peux offrir ? Qu’est-ce qui a de la valeur pour moi, qu’est-ce qui a le plus de valeur pour moi ? Qu’en est-il de mon travail ? De mes loisirs ? De mon temps ? De mon argent ? De mes relations ? Et est-ce que là-dedans, il y a quelque chose que je valorise de manière excessive, quelque chose qui aurait autorité sur moi, que je valorise plus que le Roi des Rois et qui mériterait d’être remis à sa place ?

Car être Roi, c’est être une figure d’autorité. Un Roi a autorité sur ses sujets. Quand je dis que Jésus est le Roi des Rois, cela signifie qu’il est celui qui a une autorité absolue, sur tout. Mais peut-être que je donne plus d’autorité à quelqu’un ou quelque chose d’autre que Lui. Que je valorise plus, qu’il y a quelque chose de plus précieux à mes yeux. Voilà notre or, voilà ce que nous pouvons offrir à Jésus pour dire : Voici, Toi tu es mon Roi.

Encens

Le deuxième cadeau est l’encens. L’encens était utilisé en Israël pour honorer Dieu, notamment lorsque l’on faisait une offrande.

Avec ce cadeau, les mages reconnaissent en Jésus la présence de Dieu en personne. C’est une idée qu’il n’est pas toujours facile de reconnaître : que Jésus est Dieu, qu’il est plus qu’un simple maitre de sagesse doué de talents oratoires particuliers. En Jésus, Dieu est présent parmi les hommes. Jésus est Dieu, et Dieu est Jésus.

Quelle est donc mon encens ? Comment est-ce que j’honore Dieu ? Est-ce que je prie uniquement quand les choses vont mal, uniquement pour demander pour moi ? Ou est-ce que je prie aussi quand les choses vont bien, pour rendre grâce, dire merci ? Est-ce que je me rend au culte pour me faire plaisir à moi, ou pour célébrer et honorer Dieu ? C’est important d’être épanoui et heureux spirituellement, je ne prêche pas le dolorisme spirituel. Mais ma vie spirituelle est plus qu’une béquille sur laquelle je m’appuie quand le terrain de ma vie est chamboulé. Ma vie spirituelle est là avant tout pour honorer Dieu. Dans la prière, dans mes paroles, dans mes actes, dans mes pensées, dans ma vie toute entière.

Myrrhe

Et la myrrhe enfin. Qui peut me l’épeler ? Et qui sait ce que c’est ?
C’est une résine aromatique utilisée pour embaumer les morts. Sympa comme cadeau pour une naissance, n’est- ce pas ? De quoi mettre une super ambiance.

Si Jésus est Dieu, il est aussi un homme. Bien plus : il est venu sur terre pour mourir sur la croix. La myrrhe est mentionnée 3 fois dans le nouveau testament. Avec les mages d’abord. Puis à la croix dans l’évangile selon Marc quand les soldats donnent à Jésus une éponge imbibée de vin et de myrrhe. Et enfin dans l’évangile selon Jean, Nicodème se rend au tombeau avec de la myrrhe pour embaumer le corps de Jésus.

Dès sa naissance, on annonce déjà sa mort. La croix n’est pas un accident de l’histoire, c’est la raison pour laquelle Dieu se fait chaire dans l’enfant Jésus. En Romains 3:25 Paul écrit :

« C’est lui – Jésus – que Dieu a destiné par son sang à être pour ceux qui croiraient victime propitiatoire, afin de montrer sa justice. »

La myrrhe est le cadeau du sacrifice. Elle nous rappelle que notre Salut a un coût : celui de la Croix, et que la vie chrétienne n’est pas toujours facile. Qu’il y a des morts qu’il nous faut traverser. Qu’il nous faut laisser mourir le vieil homme – comme Paul le nomme – laisser mourir notre nature première afin de pouvoir revêtir le Christ. (Rm 6)

Nous mettre à la suite de l’enfant Jésus, signifie accepter de laisser mourir tout ce qui peut venir entraver notre relation à Dieu. Ce n’est qu’à ce moment-là que nous pourrons croître spirituellement.

Jésus comme cadeau ultime

Jésus est le cadeau qui suffit amplement. Il est le Roi qui a autorité sur ce monde et sur le monde spirituel. Il est le Dieu venu parmi nous. Il est celui qui est mort et ressuscité afin qu’en lui, nous recevions la vie éternelle.

Et nous sommes des mages. J’aime la traduction en anglais qui parle d’hommes sages. Nous sommes des hommes et des femmes sages.

Et il est sage de déposer aux pieds du Christ nos richesses, afin qu’elles ne gagnent pas autorité sur nous et qu’elles trouvent leur vraie valeur.
Il est sage d’honorer le Christ, de le prier et de le désirer comme notre Dieu.
Il est sage enfin de laisser mourir en nous ce qui doit l’être afin que la Vie du Christ puisse pleinement nous pénétrer et nous habiter.

AMEN

Catégories : Prédications

Philippe Golaz

Pasteur dans l'EPG, je partage ici diverses réflexions, prédications et expériences, en espérant créer la discussion afin que nous puissions nous enrichir mutuellement.

4 commentaires

Plume · 15 janvier 2020 à 13:22

Le verset de Romain 3.25 a toujours été une grande question. Paul avait cette lecture pour son temps. Pétri de tradition, il ne pouvais pas comprendre la mort du Christ autrement. Mais moi, 21 siècles plus tard, cette perspective de victime propitiatoire m’interpelle et me laisse en plein désarroi . Dieu a-t’il besoin de victimes ????
Pour le reste, j’adhère totalement à votre interprétation depuis 50 ans !
J’ai eu l’occasion de visiter Petra en novembre l’an dernier et je puis vous assurer qu’il n’y a pas que le peuple d’Israël qui utilisait de l’encens, pratiquement toutes les religions du Moyen Orient et de plus loin encore, du côté de la Chine. Tout comme il y avait des Routes de la soie, il y a eu des routes de l’encens.
Bien à vous.

    Philippe Golaz · 15 janvier 2020 à 19:20

    Merci Plume de votre commentaire qui a le mérite, comme d’habitude, de mettre le doigt sur un point difficile voire critique. Je ne m’y suis pas attardé ici car ce n’était pas le sujet. En cliquant sur le lien (en vert) vous accéderez à une prédication sur ce texte et sur cette notion de propitiation. Le Grec ne comporte pas le terme “victime”, c’est un ajout de la traduction en français. Cela dit seulement que Jésus a été fait propitiation par la foi en son sang pour manifester la justice de Dieu. C’est à dire que, par amour pour l’humanité, Dieu rend l’homme propice – malgré tout – en Jésus-Christ. Il ne peut pas simplement déclarer juste le coupable car cela irait à l’encontre de sa propre Parole. Il doit transformer celui qui est coupable en une nouvelle créature non-coupable. Et le moyen qu’IL utilise c’est la Croix. Voilà pour tenter de donner quelques explications rapidement en quelques lignes. Je vous renvoie peut-être à l’enregistrement de la prédication en lien dans le billet pour quelque chose de plus complet.

Plume · 16 janvier 2020 à 11:54

J’ai bien écouté votre prédication sur Romain 3.25. Je n’adhère que très partiellement. Pourquoi?
Parce que l’on « interprète » (encore) le texte de Paul par des enseignements de l’AT. Ceux là mêmes qui constituaient le savoir, l’intuition et le cœur de Paul. J’en reste que par la foi en Christ, nous sommes sauvé par Grâce et gratuité. Et non nos actes ou nos accomplissements et je fais encore l’impasse sur ce sacrifice propitiatoire qui me lie profondément à une culture de ce Dieu vengeur à l’instar des autres dieux de la région au temps de l’AT qui ont besoin de sang, de vies données, offertes en sacrifice. Oui, je trie le texte saint. on ne va pas non plus lapider les femmes adultères et ne pas s’élever contre l’esclavagisme quand bien même Paul ne le faisait pas. Les femmes prêchent dans nos églises quand bien même Paul leur demandait de se taire… etc…
Si Dieu se donne en propitiation sur la croix, c’est un suicide porté à son jusqueboutisme, presque fanatique.
Si Le Christ est mort par la volonté de Dieu via celle des hommes, ce n’est en aucune manière un Dieu d’amour gratuit qui est définit. Or je mets l’amour divin au-dessus de la justice de Dieu. J’ai peut-être tors.
La mort du Christ n’a pour moi que la valeur de celui qui reste fidèle à ses convictions, fidèle à son amour et sa foi pour Dieu le père. Cela m’entraine dans une spirale positive d’approfondissement et d’engagement total de ma personne cœur, âme et esprit à sa suite. Le reste, mon sauvetage, ma justification non par la loi, mais par le sang, je le laisse à Paul qui parlait à ses contemporains dans une société qui n’est plus la nôtre.
J’aimerai bien, une fois … entendre ces versets difficiles, interprétés à la lumière de nos découvertes modernes dans une interprétation qui fait sens pour les plus humbles, les plus précaires d’entre-nous. Un ancrage actuel dans cette société ci.
La justice de Dieu nous est inconnue, il est le Tout Autre, il est dans son essence même un Dieu d’amour. Bien consciente que je limite ma compréhension de Dieu à ce poncif, j’ai pourtant eu la joie, dans les vicissitudes de la vie l’occasion de l’expérimenter encore et encore. Je ne suis pas sur un nuage, ou une autruche qui met la tête dans le sable, mais je n’arrive pas à adhérer à un Dieu épris de justice vengeresse qui fait couler le sang, pour nous rendre juste devant lui.
Ma foi n’est probablement pas assez construite…
Merci de m’avoir lue.

P.S Mon esprit critique …. Je n’arrive pas non plus à boire suavement tous les discours soient-ils religieux politiques, marketing, philosophiques, sans utiliser mon intellect, mon cœur, et mon esprit, mes expériences de vie. 😀 pensant peut-être à tors, que l’espace commentaire ouvrait la discussion, je me ferai plus silencieuse à l’avenir. C’est tout à fait dans mes cordes ! ;))

    Philippe Golaz · 16 janvier 2020 à 16:31

    Ne vous faites surtout pas plus silencieuse à l’avenir ! Oui, l’espace de commentaire est là précisément pour ouvrir la discussion.
    Il me paraît difficile de ne pas interpréter la pensée de Paul à l’aulne de l’AT, puisque c’est, comme vous le relevez, le cadre de référence de Paul et qu’il y fait abondamment référence. Et ce Dieu d’amour, il le découvre justement dans ces textes de l’Ancien Testament. Je ne crois pas non plus à un Dieu « épris de justice vengeresse ». Je crois à un Dieu qui nous aime tellement, chacune et chacun, qu’il se donne lui-même afin de nous sortir des trous que nous creusons pour nous-même. Et il le fait sans condition préalable, par grâce. Votre commentaire me fait repenser au texte d’Esaïe 57 où Dieu, au travers de son prophète, exprime ses désirs les plus profonds pour l’humanité en même temps que sa frustration face à notre obstination.

    Au plaisir de vous lire ici encore et toujours 🙂

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