Société

Jésus, l’Eglise, et Kanye West

Kanye West. Rappeur, auteur-compositeur-interprète, producteur, réalisateur, designer, et… disciple de Jésus-Christ. Je me réjouis de ce dernier ajout au CV de la star aux penchants mégalomanes qui n’a pas manqué de faire parler de lui en de nombreuse occasions. Je ne fais pas partie de ses fans incontestables. Je suis à vrai dire plutôt Team Eminem que Team Kanye.

Jesus Is King

Kanye West représentant le Christ. Par David LaChapelle.
Kanye West représentant Jésus. Par David LaChapelle pour Rolling Stones Magazine.

Mais la sortie de son dernier album, Jesus Is King, a suscité mon intérêt, en même temps que celui des journaux people. Car Kanye s’est converti au christianisme, et a décidé de ne produire plus que de la musique « gospel », au sens de la musique qui mette en avant l’Evangile. Tout le monde ne se réjouis pas de ce virage à 180°. Si l’on peut s’attendre à ce que les athées fassent la moue, j’ai été plus surpris par certaines réactions dans les milieux chrétiens.

Un album imparfait

Certes, son album n’est pas parfait. On peut s’étonner de certaines paroles, notamment sur les titres On God et Water. Alors que d’autres font simplement sourire, comme lorsqu’il mentionne la chaine de fast food Chick Fil-A, connue pour rester fermée les dimanches dans son titre Closed On Sunday.

The IRS want they fifty plus our tithe
Man, that’s over half of the pie
I felt dry, that’s on God
That’s why I charge the prices that I charge
I can’t be out here dancin’ with the stars
No, I cannot let my family starve
I go hard, that’s on God

On God, Kanye West (2019)

Jesus, give us strength
Jesus, make us well
Jesus, help us live
Jesus, give us wealth

Water, Kanye West (2019)

J’y vois les premiers pas d’un homme qui n’est qu’au début de son chemin de foi. Ses pas son hésitants, et ses paroles aussi. Lorsqu’il se plaint des impôts qui lui retirent 50% de ses revenus, en plus des 10% de dîme, et lorsqu’il prie Jésus de nous donner des richesses, j’y vois le combat d’un homme qui pendant trop longtemps a été sous l’emprise de Mammon et qui peine à pleinement en sortir.

Ce que cela dit de nous

Lorsque je lis et entend sur les réseaux sociaux les réactions moqueuses et dénigrantes de certains chrétiens, je ne peux pas m’empêcher de repenser à ce que j’ai pu croire et dire alors que je faisais mes premiers pas dans la foi. Et je suis infiniment reconnaissant que les pasteurs et autres chrétiens plus avancés autour de moi ne se sont pas précipités sur moi pour me moquer ou me corriger trop sévèrement.

Je ne peux pas non plus m’empêcher de penser aux jeunes dans nos communautés qui confirment ou reçoivent le baptême. Ils se tiennent devant nos assemblées et y déclarent leur foi. Si certains auraient des choses à apprendre aux « chrétiens aguerris », d’autres ont une foi qui n’en est qu’à ses débuts et demande à grandir. Est-ce que les membres de l’assemblée, dans leurs coeurs ou en aparté, se permettent de juger aussi sévèrement leurs déclaration ?

Prions pour Kanye

L’album de West est une déclaration de foi. Pleine d’imperfections, mais aussi pleine de promesses. Apprenons à nous réjouir avec le texte de Luc 15:1-7 ! Prions pour que son pasteur et les chrétiens plus matures autour de lui sachent l’accompagner dans cette nouvelle aventure. Prions pour qu’il puisse être un témoin privilégié de Jésus-Christ dans le monde du show business.

Pasteur dans l'EPG, je partage ici diverses réflexions, prédications et expériences, en espérant créer la discussion afin que nous puissions nous enrichir mutuellement.

2 Comments

  • Plume

    Kenye West soufre de psychose si je ne me trompe pas. Or on sait que cette population de patients a un rapport au divin très particulier, qui ne se fonde pas sur les écritures et quand ils le font ils font des interprétations biaisées, mais sur un contact parfois proche de la mystique avec le divin. Je ne sais s’il faut les intégrer dans la communauté avec tout ce que cela représente en matière de prise de risque ou se dire une bonne fois pour toute que la religion n’a rien à faire pour eux. Je suis maman d’un adulte schizophrène et mon expérience est que la prière n’y peut pas grand chose, d’ailleurs dans la prière, il n’y a rien de magique ! Oui je prie et intercède de tout mon cœur pour notre fils. Mais quand il se met à parler de spiritualité, c’est un salmigondis (pour ne pas dire une salade mêlée) de notions diverses, floues, qui alimentent une pensée décousue, désorganisée. Ma foi me porte à croire que Dieu agit d’une manière cachée au fond de son cœur et ma foi s’arrête là en ce qui le concerne. La croyance est trop souvent le terrains de délires, elle s’y prête à merveille tant et si bien que des Jeanne d’Arc et autre Saints de l’église catholique ont pu s’y épanouir, mais de nos jours en pleine foi protestante, j’émets des réserves. Kenye West adopte la foi protestante comme d’autre enfile leur habits de lumière. Je ne peux m’avancer en ce que je sais de lui à parler de conversion de mœurs. Qui vivra verra.

    J’ai trouvé intéressant que vous osiez écrire un article sur ce sujet. Je me réjouis de lire d’autres avis.

    • Philippe Golaz

      Merci Plume de votre commentaire. De ce que j’ai pu lire, West souffre de trouble bipolaire et de paranoïa, bien qu’il n’y ait pas eu de diagnostic officiel qui ait été rendu public. Difficile ensuite de savoir dans quelle mesure son état psychique influence son rapport à Dieu. Par le passé, on peut supposer que son complexe de Dieu soit lié à cela. Mais de ce que j’ai pu lire et entendre de lui dans ses dernières interviews et déclarations, il semble s’en éloigner en faisant preuve d’une certaine humilité qui ne me semble pas cohérente avec avec les troubles psychiques que l’on peut suspecter chez lui. Mais je ne suis pas du tout psychiatre, peut-être qu’un expert verrait les choses autrement.
      Si la prière n’est pas magique, je crois que Dieu, malgré tout, transforme nos vies et peut nous guérir de nos infirmités. Mais le regard de Dieu sur nous est radicalement différent du regard que nous avons sur nous-même. Et, comme vous le dites, nous ne savons pas comment Dieu travaille dans le coeur des autres, ou comment il peut travailler notre coeur via les personnes qui nous entourent.
      Au final, chacune et chacun d’entre nous percevons Dieu différemment. Nous ne pouvons donc pas dire avec une assurance définitive qu’une personne aurait mieux compris Dieu qu’une autre. En protestantisme nous avons élevé au rang d’idole notre intellect, et donc une compréhension de Dieu avant tout cérébrale, au détriment parfois d’une relation émotionnelle. Les mystiques vivent leur spiritualité selon ce second ordre, qui ne se préoccupe pas de la logique et de l’organisation. Après tout, je ne crois pas être capable de rendre compte de manière logique et organisée de mes relations humaines.

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