Quatre étudiantes rassemblées dans la louange.
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Think Tank Theology : Quand de jeunes théologiens font tomber les barrières

Le Think Tank Theology est une association, créée en 2012, qui rassemble les étudiants en théologie de toute la Suisse deux fois par année, pour un weekend d’échange, de partage et de workshops. Par cette initiative, les étudiants qui s’engagent et qui participent à ces weekends, participent à faire tomber, petit à petit, un certain nombre de barrières.

Un peu d’histoire pour commencer…

Commençons par expliquer rapidement d’où sort le TTT. Sa préhistoire est principalement constituée par les journées Interfac, qui se déroulent chaque semestre, et lors desquelles les facultés, à tour de rôle, se présentent à des délégations d’étudiants de toute la Suisse. Ces journées remontent à 1940 où s’est déroulée la première journée de ce type. C’est lors de l’un de ces Interfac qu’est née l’idée de faire encore plus. Certes, il est intéressant pour les étudiants d’aller entendre les professeurs des autres facultés, de découvrir d’autres façons d’aborder la théologie, mais seulement une journée cela reste un peu court pour créer de véritables liens, et mener de véritables discussions. Il y avait également la volonté de reconnecter la théologie académique avec la réalité ecclésiale, mais cela ne peut pour l’instant pas de faire au sein des institutions universitaires. C’est ainsi qu’en mars 2012 s’est tenu le premier weekend du TTT, lors duquel les lignes directrices de l’association ont été élaborées, à savoir des weekends semestriels, thématiques, et animés par les étudiants. Deux comités pilotent l’association, un Comité Central qui s’assure de la stabilité du TTT sur le moyen à long terme, et un Comité d’Organisation, qui est réélu chaque weekend, et qui s’occupe de l’organisation de la fois suivante.

Mais venons-en à mon propos, à savoir ces barrières qui nous empêchent d’avancer, et que le TTT cherche à faire tomber.

La barrière de röstis

(nb: La barrière de röstis, ou Röstigraben, désigne la séparation linguistique et les différences de mentalités entre Suisse-Romands et Suisse-Allemands)

On passe beaucoup de temps à discuter également entre les workshops.

On passe beaucoup de temps à discuter également entre les workshops.

C’est une des principales barrières pour les Romands. En effet, une des premières remarques que j’entends quand je parle du TTT à un nouvel étudiant de Lausanne ou de Genève est quelque chose comme “mais…c’est en français ou en allemand? Parce que moi…l’allemand…j’suis une bille!”. Je dois également admettre que j’ai un peu hésité la première fois pour la même raison. Mais bien qu’une majorité des participants soient alémaniques, il y a un véritable soucis au sein de l’association de s’assurer que chacun est à l’aise, et d’intégrer les minorités linguistiques, les Romands pour commencer, et on s’attaque maintenant aussi à faire venir les Tessinois. C’est dans un doux mélange de langues et parfois de mimes que se déroulent les discussions, et il n’est pas rare de voir un Romand parler français avec un interlocuteur Alémanique qui lui parle soit en allemand, et même parfois en schwiitzertüütsch! Et le mieux, c’est qu’on se comprend! Il est également toujours prévu d’avoir des gens pour faire de la traduction lors des workshops, pour que tout le monde comprenne ce qui se passe.
Ce qu’il faut retenir pour les Romands c’est : Pour les Romands c’est le même chose!. Oui, un romand aura le même plaisir qu’un Alémanique, tissera les mêmes liens, participera aux mêmes workshops, mangera la même soupe et boira la même bière eau.

L’enjeu qu’il y a derrière aujourd’hui est qu’il est toujours plus difficile pour l’Eglise et pour les églises d’avoir une place dans le monde. Dans le contexte helvétique, nous nous retrouvons, surtout les protestants, avec de multiples églises, pour chaque canton, et il est parfois difficile de penser au-delà de ce cadre institutionnel. En encourageant les étudiants en théologie et futurs ministres à se regrouper au-delà des frontières cantonales et linguistiques, le TTT contribue à former l’Eglise en Suisse de demain, qui espérons-le, saura se penser elle-même de manière plus globale, et favorisera une collaboration et une solidarité nationale.

La barrière confessionnelle

Temps de célébration oecuménique à l'église catholique de Leysin.

Temps de célébration oecuménique à l’église catholique de Leysin.

De la même manière qu’il est impensable d’avoir un TTT que pour les Alémaniques, il est impensable d’avoir un TTT qu’entre Réformés. Ce sont donc protestants de tous bords et catholiques qui échangent, travaillent et célèbrent ensemble pour un weekend. On apprend ainsi à mieux se connaître, au-delà des clichés que l’on peut parfois avoir sur l’autre, même cinq siècles après la Réforme. Ensemble, nous pouvons chercher à faire Eglise au-delà de nos différences, en apprenant à nous focaliser sur nos ressemblances. Lors du weekend en mars 2014, à Oeschseite, l’un des workshop portait sur l’identité confessionnelle justement, sur la manière dont on se perçoit dans notre confession, par rapport aux autres, et également comment nous nous présentons au monde. Il en est ressorti que les Réformés avaient encore aujourd’hui un gros problème, ou tout du moins ceux qui se sont prêtés au jeu, moi y compris. Il nous était très difficile de nous présenter sans nous mettre en situation d’opposition par rapport au catholicisme. On retombait rapidement dans des choses comme “Nous, on peut se marier, pas comme les prêtres”, “Nous, nous n’avons pas de hiérarchie, pas comme les catholiques avec le Pape”, etc. Certes, nous sommes héritiers de cette rupture qui a eu lieu il y a 500 ans, mais nous nous sommes rappelés lors de ce weekend que nous étions bien plus que cela, que même les réformateurs ne souhaitaient pas cette séparation, et que l’on peut parler de notre foi de manière positive en disant “Nous croyons en un Dieu d’amour qui pardonne”, “Nous croyons que la Bible est Parole de Dieu”, “Nous croyons que chaque être humain est aimé de Dieu”, etc. Et dans ces petites confessions de foi, la dimension confessionnelle n’est plus une barrière, elle se transforme en une porte par laquelle l’autre peut entrer et par laquelle nous pouvons rencontrer l’autre.

La barrière de la radicalité théologique

Différentes perspectives théologiques entrent en discussion lors des workshops animés par les étudiants.

Différentes perspectives théologiques entrent en discussion lors des workshops animés par les étudiants.

Que ce soit en Eglise ou en Faculté, nous sommes sans cesse confrontés à des positions théologiques qui peuvent s’avérer pas mal éloignées des nôtres. Il n’est pas toujours facile de se sentir ainsi défié dans ses positions, et cela peut conduire à la radicalité théologique, aussi bien du côté des théologies libérales que du côté des théologies conservatrices. J’ai insisté plus haut sur l’importance d’apprendre à connaître et à travailler avec les autres confessions notamment. Mais dépasser la barrière de la radicalité théologique est d’autant plus important et nécessaire qu’elle peut se trouver au sein même d’une faculté de théologie ou d’une paroisse, et celle-ci on ne peut y échapper, à moins de vivre cloîtré et entouré uniquement de personnes choisies pour partager notre opinion, mais cela, c’est ce qui caractérise une secte. Nous devons donc nous veiller à ne pas devenir sectaires, ne tolérant que celles et ceux qui partagent nos convictions, et rejetant tout avis, toute position qui viendrait questionner nos fondements théologiques et idéologiques.
De par sa formule, le Think Tank Theology favorise l’émergence d’une tolérance et d’une ouverture théologique. Différentes positions théologiques y sont représentées, et l’on vient s’y frotter de près le temps d’un weekend. Juste le temps d’un weekend, autour d’un workshop ou d’un café. Après, chacun est libre de rentrer chez lui et de ne pas tenir compte de ce qu’il aura entendu et expérimenté durant le weekend, mais le fait de vivre cela à coup d’un weekend par semestre évite l’overdose. Cela permet à chacun de sortir de sa zone de confort théologique pour un temps, pour éventuellement poser un regard critique sur ce cocon qu’il s’est créé afin de revenir l’habiter différemment, et peut-être même l’aménager un peu.
J’avais par exemple un a priori négatif sur la théologie féministe avant mon premier weekend TTT en octobre 2013, dû essentiellement à un manque de connaissance. Lors de ce weekend une étudiante de Zürich a proposé d’étudier une série de textes féministes appartenant à différents courants internes à cette théologie. Alors bien qu’un des textes correspondait tout à fait à l’image que je pouvais m’en faire, parlant des hommes comme “l’union lapiniste” et appelant à renverser la société patriarcale pour donner enfin aux femmes la place de maître qui leur revient, j’ai également découvert des textes tout à fait pertinents sur la question de la place de la femme dans la Bible et dans l’Eglise.
L’enjeu est toujours le même, à savoir l’unité et la solidarité de l’Eglise, mais cette fois-ci pas uniquement à l’externe, mais avant tout à l’interne, car “si une maison est divisée contre elle-même, elle ne peut subsister” (Marc 3:25).

Les participants du weekend d’octobre 2014, à Leysin.

Ces trois barrières que j’ai nommées, deux fois par année, quelques dizaines d’étudiants en théologie – futurs pasteurs, futurs prêtres, futurs chercheurs en théologie aussi – travaillent à les faire tomber le temps d’un weekend, vivant ainsi en communauté. J’espère que nous saurons emporter cela avec nous quand nous cesserons d’être des étudiants pour commencer à travailler à construire l’Eglise et la théologie de demain, j’espère que nous arriverons à faire figure d’exemple pour les institutions, et j’espère enfin que ces deux premières années d’existence sont le début d’une longue aventure et qu’un jour se fêteront les 75 ans du TTT, comme nous nous apprêtons à fêter les 75 de l’Interfac en 2015.


Si vous souhaitez en savoir plus sur le Think Tank Theology, je vous invite à visiter notre site internet sur lequel vous trouverez toutes sortes d’informations utiles ainsi que du contenu multimédia (photos et vidéos) : thinktanktheology.ch

 

golazphil

Etudiant en Master de théologie à Lausanne, je partage ici diverses réflexions et expériences, en espérant créer la discussion afin que nous puissions nous enrichir mutuellement.

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