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Oser témoigner

Prédication prononcée le 23 juillet 2017, au temple de la Servette

Textes bibliques : 2 Tim 1,6-12 / Esaïe 43,9-11

« Une Eglise de témoins »

« Dans la confiance en l’Esprit-Saint qui nous accompagne, nous sommes appelés à être une Eglise de témoins de Jésus-Christ qui va à la rencontre de tous. »

C’est ainsi que commence la vision de l’EPG. Une vision, un projet, qui nous concerne tous. « Nous sommes appelés à être une Eglise de témoins de Jésus-Christ ». Voilà une vision qui me réjouis et que je trouve magnifique. Et pourtant, je ne peux m’empêcher de me demander « mais comment on fait ? », « Qu’est que ça veut dire d’être des témoins de Jésus-Christ ? »

Nous avons entendu ce matin les mots de Paul qui, depuis sa prison romaine, encourage Timothée à persévérer dans ce témoignage et à ne pas en avoir honte. Il dit « ce n’est pas un esprit de timidité que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d’amour et de sagesse ». Et je crois que dans notre culture helvétique, la timidité est quelque chose qui peut faire écho en nous. Il est étrange de constater à quel point nous pouvons être enthousiastes lorsque nous parlons de notre restaurant préféré, ou du film absolument génial que nous avons récemment vu au cinéma, et à quel point nous pouvons être gênés de parler de notre foi, de ce Dieu qui nous aime tant et que nous aimons à notre tour. A une époque où le domaine de la spiritualité et des convictions profondes est relégué à la sphère intime de chacun, il n’est pas si facile de lire ce passage, qui sonne quelque peu étrangement à nos oreilles. De plus, nous ne sommes pas toujours bien disposés à rendre compte de l’espérance offerte en Christ. Face à des proches ou des membres de notre famille qui ne partagent pas nos convictions, il n’est pas facile de dire, de témoigner de ce qui nous habite. Et l’on appréhende volontiers les réactions que cela pourrait susciter chez l’autre. Et pourtant, il n’y a pas de honte à avoir, il n’y a pas à être gêné.

Un esprit de force, d’amour et de sagesse

A la timidité de témoigner, Paul oppose la force, l’amour et la sagesse. Non seulement l’acte de témoigner demande une certaine force, mais surtout le témoignage est porteur en lui d’une force immense. Ce témoignage ne peut avoir lieu que si l’on est dans une démarche d’amour. Vous aurez peut-être déjà croisé de ces évangélistes de rues dont certains, bien qu’ils ne manquent pas de force pour témoigner, manquent cruellement d’amour. Au final, le témoignage qu’ils rendent à Dieu est bien triste. Et la sagesse ! En effet, il faut de la sagesse pour savoir quand je peux témoigner, et quand je ne le peux pas. Peut-être ne suis-je moi-même pas dans de bonnes dispositions, parce que je manque d’amour, ou de force. Peut-être est-ce que je sens de la part de l’autre que cela ne passerait pas. Car si le témoignage existe, n’oublions pas que le contre-témoignage existe également et c’est uniquement avec de la sagesse que l’on peut discerner de quel côté nous nous situons.

Comment donc témoigner ? Avec force, amour et sagesse.

Nous n’avons pas à être qualifiés pour témoigner

Il ne faut néanmoins pas oublier que ce dont nous rendons témoignage, à savoir le Dieu de Jésus-Christ et le fait qu’il nous offre le Salut, sont de l’ordre de la grâce et n’ont rien à voir avec nos propres mérites. Ainsi, nous témoignons de quelque chose que nous avons reçu gratuitement, et nous le faisons également gratuitement. Le fait de témoigner ne nous fera pas gagner des points de paradis.

Lorsque par le biais du prophète Esaïe, Dieu appel le peuple d’Israël à être son témoin, c’est un peuple qui s’est montré par moments infidèle, revêche, et ingrat. Si aujourd’hui il m’était demandé de me choisir un témoin, pour aller dire qui je suis au reste du monde, je choisirai le plus fidèle de mes amis, certainement pas quelqu’un qui m’aurais trahi par le passé ! Et pourtant, Dieu se choisit comme témoin ce peuple d’Israël. Et c’est justement parce qu’il n’est pas toujours parfait qu’il est capable de rendre témoignage de la grâce de Dieu.

Il en va de même pour Paul. En tant qu’ancien persécuteur et exécuteur des chrétiens, qui s’appliquait consciencieusement à cette tâche, de logique d’homme, c’est bien la dernière personne que l’on choisirait pour jouer ce rôle de témoin. Et pourtant, c’est bien parce qu’ils ont vécu la force de la grâce plus que tout autre qu’Israël puis Paul sont appelés à être des témoins. Non seulement ils peuvent en rendre compte avec leurs mots, mais par leur simple présence, ils sont des témoins vivants de la grâce de Dieu.

Voici comment nous pouvons donc témoigner aujourd’hui, en étant des témoins vivants, par nos actes et nos paroles, de la grâce de Dieu. En étant assurés que nos faiblesses ne nous disqualifient pas, bien au contraire !

Témoigner de la trace laissée par Dieu dans nos vies

Maintenant que nous avons vu que nous n’avons pas à être des super-héros de la foi pour témoigner, ainsi que l’attitude avec laquelle nous pouvions aborder cela, qu’en est-il du contenu de notre témoignage ? Paul et Esaïe s’accordent à dire que le témoignage chrétien concerne le salut.

2 Tim 1:9-10 : Il nous a sauvés et nous a adressé un saint appel. Et il ne l’a pas fait à cause de nos œuvres, mais à cause de son propre plan et de sa grâce, qui nous a été accordée en Jésus-Christ de toute éternité et qui a maintenant été révélée par la venue de notre Sauveur Jésus-Christ. C’est lui qui a réduit la mort à l’impuissance et a mis en lumière la vie et l’immortalité par l’Evangile.

Esa 43:11 : C’est moi, moi seul qui suis l’Eternel, et il n’y a aucun sauveur en dehors de moi. 

 

Mais Esaïe ajoute quelque chose.

Esa 43:10 : C’est vous qui êtes mes témoins […] afin que vous sachiez, croyiez et reconnaissiez qui je suis

 

Le témoignage ne sert donc pas uniquement à l’autre, mais aussi à nous-même. Lorsque nous témoignons, lorsque nous disons qui est Dieu, ce qu’il a fait dans nos vies, l’importance qu’Il a pour nous, nous commençons toujours par repenser, par nous remémorer ce qu’IL a fait. Ainsi, la première personne à qui nous témoignons, et donc à qui cela est bénéfique, c’est nous-même ! Témoigner non seulement édifie celui à qui j’adresse mon témoignage, mais m’édifie moi-même en même temps.

J’aimerai vous faire part d’une petit histoire vraie, que j’ai entendue il y a quelques temps. C’est une dame qui m’en a fait part. Tous les dimanches elle se rend à l’église. Pour elle, ce moment est tellement important qu’elle a toujours refusé de faire quoi que ce soit d’autre. Elle a toujours refusé les invitations à des réunions de famille en expliquant que non, le dimanche matin, elle va à l’église. Un jour, elle s’est cassé la cheville. Résultat, elle ne pouvait plus prendre la voiture pour se rendre à l’église, et s’était résignée à regarder le culte à la télévision. Mais elle a reçu un coup de téléphone de sa belle soeur. Sa belle soeur, elle, n’est pas du tout versée dans la religion, mais quand elle a su que cette dame ne pourrait plus aller à l’église, elle s’est proposée d’elle-même pour l’y conduire, chaque dimanche matin, jusqu’à ce qu’elle aille mieux. Alors je ne sais pas si la belle soeur s’est convertie ou non, mais quoi qu’il en soit, cette dame lui a offert un témoignage qui aura laissé un trace, qui aura fait sa belle soeur se questionner, et elle l’a fait de manière très simple, à sa façon à elle. Combien de personnes autour de nous savent que nous sommes ici ce matin pour célébrer notre Dieu ? Lorsqu’on nous propose une autre activité un dimanche matin, comment répondons-nous ?

Nous pouvons témoigner de manière très simple, sans avoir besoin de nous mettre à crier sur la place publique et interpeller les gens dans les bus des TPG. Nous pouvons témoigner de manière très simple par nos paroles et nos actes, déjà avec nos proches, et selon les situations que nous rencontrerons, par une simple phrase, ou un simple geste. Il y a cette chanson que vous connaissez peut-être qui dit « le monde saura que nous sommes chrétiens par l’amour dont nos actes sont empreints ».

Afin que nous devenions de plus en plus « une Eglise de témoins de Jésus-Christ », comme le dit la vision de l’EPG, nous pouvons dans la semaine qui s’ouvre à nous, puis dans les jours qui suivent, essayer de nous lancer dans une démarche de témoignage. En commençant par nous repenser au pour quoi, voir au pour qui, nous sommes venus ici ce matin, et nous disons chrétiens. Et ensuite, soyons attentifs autour de nous aux occasions de témoigner, avec force, amour et sagesse. Pour certains d’entre nous, cela consistera à proposer à un ami ou une amie à venir au culte de dimanche prochain. Pour une autre personne, à proposer de pouvoir prier pour un voisin qui traverse une période difficile. La question centrale que nous devons répondre est : « quelle trace Dieu a-t-il laissé dans ma vie ? ».

 

Photo par Josh Applegate sur Unsplash

golazphil

Etudiant en Master de théologie à Lausanne, je partage ici diverses réflexions et expériences, en espérant créer la discussion afin que nous puissions nous enrichir mutuellement.

One Comment

  1. Oser témoigner. En effet, ici un problème. Je viens de l’Autriche, j’ai grandi ailleurs, maintenant je suis ici mais je voyage beaucoup. Je peux donc comparer et constate qu’ailleurs, la foi se partage plus facilement. Que faire? Même les prédications chez nous sont « soft » pour plaire au plublic? On est tous Laodicée. Je rentre de l’Hongrie où j’ai rencontré un jeune pasteur dans un quartier défavorisé de Budapest. Sur ma question comment il fait pour agrandir sa paroisse j’ai reçu une réponse très étonnante: Il a essayé d’être « fun », « cool » et ça n’a pas fait plus que plaire aux gens déjà présents (beaucoup de jeunes), Ensuite, il a changé pour donner un message moralisateur, strict, il a parlé des choses de la vie , des choses dures. L’Evangile comme règle de vie, voilà! Il est devenu exigent avec ses paroissiens. Et cela lui a rempli son église. Intéressant, non?

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