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L’Evangile de Jean (Film)

Qui n’a pas déjà souhaité être en mesure de « voir » l’Evangile ? Et combien de réalisateurs n’ont pas essayé de le faire ? La tâche est difficile, tiraillée entre d’un côté une volonté de rester fidèle au texte, et de l’autre côté des tentatives de rendre cela de manière suffisamment vivante à l’écran pour nous intéresser. Et il y a généralement un gagnant et un perdant. Soit le film reste très fidèle, mais perd en vie (le texte biblique n’a pas été pensé pour être le script d’un film), soit le réalisateur se permet d’en faire une réécriture plus buvable pour une consommation cinématographique, mais au prix d’un éloignement du texte biblique. Difficile, donc, de trouver un bon équilibre. J’ai eu plusieurs fois hésité à écrire un billet sur l’un ou l’autre de ces films, que ce soit la série The Bible ou le très connu Noah, mais en général les médias s’étaient déjà chargés d’en faire une bonne critique.

IMG_0180-0Le film The Gospel Of John (2014, disponible sur Netflix), propose cependant une approche des plus intéressantes il me semble, offrant quelque chose d’équilibré. Le concept est le suivant. Pour le côté fidélité au texte, le réalisateur (David Batty) nous propose simplement une narration de l’évangile de Jean, de bout en bout, sans rien omettre. Deux versions sont proposées en anglais, soit la fameuse King James, soit la plus moderne New International Version. Pour la version française la traduction s’approche beaucoup de ce que l’on trouve chez Segond, mais je n’ai pas pu trouver d’information précise. Ce choix d’avoir un evangile lu en voix off de bout en bout est particulièrement intéressant car il n’omet rien d’une part, et d’autre part le travail d’adaptation en d’autres langues est relativement aisé.

Bon, ce n’est pas tout, car j’en entend déjà certain crier au film ennuyant et pas intéressant. Comme je l’ai dit, il y a deux aspects qui sont toujours en tensions lors de films bibliques. L’aspect de fidélité à été abordé, reste l’aspect de la vie et du dynamisme du film. La voix off est apposée sur une réalisation qui non seulement réunit de très bons acteurs, mais ceux-ci ne sont pas de beaux blonds aux yeux bleus. Selva Rasalingam qui campe le personnage de Jésus (il a fait des apparitions dans Dr Who, Les Borgiqs, Skyfall, etc.), joue extrêmement bien, proposant un Jésus crédible et croyable, on est loin des interprétations extrêmement rigides parfois ou au contraire trop « cool » jusqu’à l’agacement, il joue d’une manière étonnamment naturelle. Le choix d’acteurs typés Moyen-Orient, un souci du détail archéologique, un beau jeu d’acteur, des dialogues en araméen (oui, oui! Et ça pique même pas les oreilles, au contraire on se sent embarqués 2000 ans en arrière), et une bonne direction photographique, sont autant d’éléments très plaisants et agréables pour toute personne qui comme moi ne manque pas de grincer des dents au moins 10 fois devant chacuns des films qui jusque-là ont tenté de relater une partie de l’histoire biblique.

Des limites, ce film en a également. Le réalisateur a par exemple absolument voulu intégrer la Sainte Cène à son film même si cet événement n’est pas relaté par l’évangile de Jean, et il en résulte un étrange mélange entre une voix off qui propose les derniers enseignements du Christ avant sa passion et des images que l’on reconnaît comme étant celles de la Sainte Cène. Il est difficile ici d’à la fois être à l’écoute du texte, et attentif à ce qui se passe à l’écran.

Lors de l’arrestation de Jésus, l’évangile de Jean relate le geste de Simon Pierre qui coupe l’oreille d’un des gardes avec son épée, mais pas le miracle de guérisons accompli par Jésus. Le film par contre à défaut de raconter cette partie la montre cependant. On pourra débattre de la gravité ou de la pertinence de cet écart par rapport au texte de Jean.

Le dernier petit écart que j’ai remarqué (peut-être qu’il y en a eu d’autres mais ils ne m’auront pas frappés), concerne Pilate qui se lave les mains au moment de livrer Jésus à la foule. De nouveau, cet événement ne se trouve pas dans le texte de Jean, et est montré en silence dans le film, tout comme la guérison du garde.

Je m’interroge encore sur la manière dont un tel film serait reçu dans un cadre catéchistique. Avec les autres films les réactions sont toujours mitigées, mais on arrive tout de même à en faire un usage intéressant. À voir dans la pratique comment cela se déroulera.

Globalement, c’est un film à recommander pour quiconque souhaite se faire une bonne idée de quelle a été la vie, les actes et les enseignements du Christ et n’est peut-être pas très enthousiaste à l’idée de lire un évangile de bout en bout, ou pour celui ou celle qui souhaite découvrir cela d’une manière différente. La bonne nouvelle c’est que David Batty ne s’arrête pas là et prépare trois autres films, pour couvrir encore les trois synoptiques manquants à savoir Matthieu, Marc et Luc ! Affaire à suivre.

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golazphil

Etudiant en Master de théologie à Lausanne, je partage ici diverses réflexions et expériences, en espérant créer la discussion afin que nous puissions nous enrichir mutuellement.

2 Comments

  1. Bravo Phillip pour votre reflexion à travers la lunette théologique. Je vois un autre metier ouvert pour les théologiens, c’est pour être un éditeur pour les films religieuse 🙂

    • Merci Clifford.
      En effet, c’est également un domaine où les théologiens sont importants. Je ne sais pas comment le tournage s’est exactement déroulé et quel genre d’experts ont été employés. Certainement des archéologues, mais également des théologiens je suppose.

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