Marie Madeleine (Film)

Catégories Société
La belle équipe de catéchumènes !

C’est avec une sympathique équipe de quelques catéchumènes que j’ai passé mon jeudi soir au cinéma pour voir « Marie Madeleine », biopic de Garth Davis tout récemment sorti dans les salles. 2018 semble être une « bonne année » pour les films à dimension chrétienne (« Jésus : L’enquête » sorti le 28 février et « Paul, apôtre du Christ » à sortir le 2 mai) mais seul « Marie-Madeleine » est arrivé jusque dans nos salles romandes. Comme en plus les critiques à son égard étaient positives voir élogieuses, je me devais non seulement d’aller le voir, mais aussi d’en faire profiter celles et ceux qui le souhaitaient.

Marie Madeleine : on en sait peu et beaucoup

Peu

Pour accompagner la séance de cinéma, j’ai apporté à mes chers catéchumènes un document compilant tout ce que les évangiles disent de la magdaléenne. Il se sont étonnés de voir que tout tenait sur trois pages et demi … avec un interligne. On sait qu’elle a été libérée de sept démons (Luc 8:2), qu’elle était présente à la Croix (Matthieu 27:56 / Marc 15:40 / Jean 19:25), qu’elle a accompagné Joseph d’Arimathée au tombeau (Matthieu 27:61 / Marc 15:47 / Luc 23:55), et enfin que c’est à elle que le Ressuscité est apparu en premier lui donnant la mission d’aller annoncer aux disciples qu’Il était vivant (Matthieu 28:1 / Marc 15:9 / Jean 20:1).

 

Beaucoup

Si la quantité d’informations peut paraître faible, elle est pourtant bel et bien là. Et si l’on compare la place qu’occupe Marie de Magdala par rapport aux autres femmes qui ont croisés le chemin de Jésus de Nazareth, celle-ci occupe une place de choix. Le fait qu’elle ait été témoin de la résurrection n’est pas là pour enchanter les autres disciples (Luc 24:11), et pourtant, les évangélistes (à l’unanimité!) n’ont pas pu faire autrement que de lui reconnaître ce rôle. Et pour le premier siècle : c’est beaucoup !

 

L’évangile de Marie

Il est difficile de faire un biopic de deux heures sur la base de ces quelques passages. Pour compléter le portrait, le réalisateur est donc aller puiser également dans l’évangile de Marie, un texte apocryphe gnostique du 2e siècle, qui relate une discussion que Marie de Magdala aurait eu avec les disciples après la résurrection. Il y est dit que Marie aurait reçu un enseignement secret de la part du Christ, et Pierre y réagit très fortement.

Dans le film, l’atmosphère qui règne entre Marie (Rooney Mara) et les apôtres (et en particulier avec Pierre, joué par Chiwetel Ejiofor), rappelle fortement celle qui se dégage de cet évangile apocryphe. Garth Davis dépeint une Marie très proche du Christ (Joaquin Phoenix), avec qui elle se retrouve régulièrement en aparté, et en contraste avec un groupe d’hommes qui eux ne comprennent pas grand chose du message de Jésus, contrairement à Marie.

Un double piège

Cette figure à la fois bien présente mais mystérieuse, n’a pas manqué de susciter la curiosité au fil des siècles, et invitant à « combler le trous » comme on pouvait, avec le meilleur et le pire. Ceci aussi bien dans la tradition que dans les diverses oeuvres littéraires et/ou cinématographiques. Ainsi, le pape Grégoire le Grand l’identifie à la pécheresse de Luc (Luc 7:36-50), faisant d’elle la figure de la repentie. A l’autre extrême Dan Brown dans le « Da Vinci Code » reprend une idée de Níkos Kazantzákis et fait de Marie l’épouse du Christ et le « vrai graal ». Une théorie qui prend terreau dans le conspirationnisme moderne.

Fort heureusement Garth Davis ne tombe dans aucun des pièges et nous offre une Marie Madeleine ni pécheresse ni amante du Christ, mais tout simplement humaine. Une Marie, certes atypique, qui avec son regard de femme rencontre le Messie et se découvre elle-même une nouvelle identité, loin de celle qui lui était dictée par son cadre social, mais reçue dans le regard bienveillant de Dieu.

Quelques imprécisions

Il est très difficile d’être fidèle à 100% au texte biblique lorsque l’on réalise un film comme celui-ci (quoique « L’évangile de Jean » est à mon sens très réussi), et immanquablement le théologien qui le regarde grincera des dents.

Nous n’avons que peu d’informations au sujet de Marie, alors pourquoi passer outre la question des démons dont elle aurait été libérée ? Dans le film, c’est autour de ce problème que Marie rencontre Jésus pour la première fois, et celui dit « Il n’y a pas de démon ici ». Est-ce pour éviter de tomber dans le piège de la pécheresse ? Pourtant, vers la fin du film la magdaléenne lave les pieds de Jésus, créant un rappel non seulement avec le récit de lavement des pieds (Jean 13:1-15), mais également avec le récit de la pécheresse.

La tension entre Marie et Pierre arrive à son paroxysme quand Marie annonce la résurrection aux disciples, et Pierre accuse Marie d’affaiblir l’Eglise. Parler d’Eglise deux heures après la résurrection est certainement quelque peu prématuré et ne manque pas de sonner étrangement. Cela peut s’expliquer par la proximité avec l’évangile de Marie, rédigé alors que les contours de l’Eglise se dessinant et que des conflits apparaissent entre les partisans d’une hiérarchie entièrement masculine et les porteurs d’une vision d’Eglise où les femmes occupent un plus grand rôle.

D’autres petits détails ici et là peuvent faire tiquer celui ou celle qui y regarder de près, mais dans l’ensemble ce film nous offre une belle plongée dans le contexte et la réalité des événements qui ont entouré la venue du fils de Dieu parmi les hommes, au travers du regard d’une femme.

 

Marie la mystique

« Mystique » est le premier mot qui me vient à l’esprit pour décrire la Marie qui nous est présentée. J’ai été frappé par l’image de Marie sous l’eau, comme en apesanteur, qui revient à plusieurs reprises ; sa question à Jésus : « Qu’est-ce qu’on ressent quand on ne fait qu’un avec Dieu ? » ; la plénitude qu’elle dit trouver dans des moments où elle n’est plus contrainte par le monde physique ; et les nombreuses scènes de tête à tête entre Jésus et elle, dans un silence habité par la douceur et une intimité « divine ».

Dans l’ensemble, je me suis senti rejoins et proche par cette Marie qui a soif d’une intimité et d’une complicité avec le Christ. Rooney Mara joue extrêmement bien, et fait honneur à Marie de Magdala, tout en nous donnant envie d’explorer nous aussi « ce qu’on ressent quand on ne fait qu’un avec Dieu ».

 

 

Pasteur dans l'EPG, je partage ici diverses réflexions, prédications et expériences, en espérant créer la discussion afin que nous puissions nous enrichir mutuellement.

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