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Les Béatitudes

Message de la Célébration Œcuménique à l’occasion de la kermesse de Meyrin, le 4 novembre 2018, en présence de la Communauté Œcuménique des Personnes en situation de Handicap et de leurs familles.

Lectures bibliques : 2 Corinthiens 12:6-10 et Matthieu 5:1-12

Êtes-vous heureux ? Je veux dire vraiment heureux, au plus profonde de vous-mêmes ? N’y a-t-il pas en nous ce sentiment, plus ou moins important, que si 1 ou 2 choses étaient différentes dans nos vies, nous serions plus heureux ? Avec un peu plus d’amis et moins de problèmes de santé, je serais tellement plus heureux. Avec un peu plus de visites de ma famille et un peu moins de dettes, tout serait beaucoup mieux. Avec un peu plus de gâteau pour le dessert et un peu moins d’arthrose, ce serait parfait. 

Souvent, ce petit manque que l’on ressent, cette petite insatisfaction de la vie, on la relativise. On la met en regard de tout ce qu’il y a de beau et de bien dans notre vie, et on se dit que ce n’est pas si important. On se dit alors qu’on est plutôt heureux. Plutôt heureux. Pas totalement et parfaitement, mais plutôt heureux.

Nous vivons pourtant toutes et tous avec ce sentiment qu’il y a plus à vivre, plus à attendre de cette vie. On aspire à une plénitude, à un bonheur parfait.  

C’est sur ce sentiment que surfent les agences marketing qui nous laissent entendre qu’en partant en vacances dans les Seychelles, qu’en mangeant bio et local, ou au contraire chez Mc Donald’s, on pourra être vraiment heureux. Et on tombe dans le panneau, régulièrement. Encore la semaine dernière je me suis fait avoir. J’ai acheté une liseuse électronique. En me disant : « Ça m’encouragera à lire plus de romans, et tout le monde le sait, les gens qui lisent des romans sont plus heureux que les autres. »

Résultat ? Bah rien. Je ne me sens pas mieux. Oui j’ai commencé un roman, le premier en 7 ans. Il est bien, mais je ne me sens pas vraiment plus épanoui. On part en vacances, et c’est sympa durant les vacances, mais ça ne dure pas. Le gâteau au chocolat et vite mangé, et on se retrouve de nouveau face à se sentiment désagréable que quelque chose manque. Alors on se met en quête de ce qui cette fois-ci fera une différence.

Et là je ne vous ai parlé que de ces manques qui pourraient trouver satisfaction facilement. Que de ces insatisfactions pour lesquelles le monde a des réponses, ou arrive à prétendre avoir des réponses. C’est beaucoup plus difficile quand il nous manque quelque chose de bien plus fondamental. Quand notre corps nous lâche, quand notre esprit nous fait défaut. Quand dès le départ, il nous est soudainement bien plus difficile d’accéder à ce que ce monde offre. 

Alors quoi ?

Je crois que nous les humains avons deux attitudes possibles. La première consiste à une recherche effrénée du bonheur et à une sur-consommation, à sur-compenser. La seconde consiste à abandonner tout espoir d’être un jour heureux.

Et s’il y avait une troisième voie ? Une voie qui n’ignore pas les difficultés, les peines et les limites de ce monde, et qui nous ouvre néanmoins à une joie pleine et complète ?

C’est comme ça que je lis ce matin les béatitudes. Une lecture attentive de ce texte peut surprendre, surtout celui ou celle qui les lirait ou les entendrait peut-être pour la première fois. Chaque phrase est composée de deux parties. La première commençant avec « heureux », et la deuxième avec « car ». Pour commencer, prenons seulement les premières moitiés de phrase, et voyons ce que cela donne.

« Heureux les pauvres en esprit, heureux ceux qui pleurent, ceux qui sont doux, qui ont faim et soif de la justice, ceux qui font preuve de bonté, ceux qui ont le coeur pur, ceux qui procurent la paix, ceux qui sont persécutés par la justice, ceux qui sont insultés et sur qui l’on dit faussement du mal. »

Cela ne me semble pas être le portrait-type de quelqu’un d’heureux. Surtout au sein d’une culture qui promet le bonheur à celui qui trouve sa propre spiritualité, pas aux pauvres en esprit. Qui promet le bonheur à celui ou celle qui rit, pas qui pleure. A celui ou celle qui se montrera plus fort ou plus doué que les autres, pas au doux. A celui à qui justice est faite, pas celui qui en manque et en est assoiffé. A ceux qui se font du bien à eux-même avant tout, pas aux autres.

On découvre dans l’Evangile un message à contre-courant, contre-culturel. Absurde même selon les standards auxquels nous sommes habitués. L’Evangile déclare heureux celui qui, selon les critères de notre société, n’a rien pour être heureux.

Alors est-ce que ça signifie que la Bible nous enseigne à chercher la souffrance et la peine, à vivre une existence sans joie, pleine de douleurs ? C’est un des arguments que l’on entend parfois dressés contre le christianisme. Mais ce serait se focaliser seulement sur la moitié des Béatitudes.

Le chrétien n’est pas heureux à cause de ses souffrances. Il est heureux

parce que le Royaume des Cieux lui appartient, parce qu’il sait que dans ce royaume il sera consolé, parce qu’il héritera de la terre, parce que dans le Royaume il sera rassasié, on aura de la bonté pour lui, il verra Dieu, il sera même appelé, reconnu en tant que fils ou fille de Dieu. 

Ce qui l’attend dans le Royaume de Dieu lui procure une joie infiniment plus grande que les maux et les souffrances de ce monde. Oui, nous sommes faibles, oui nous sommes limités, chacun à sa manière. Cela ne sert à rien de le nier. Si on reste dans le déni de notre faiblesse, il ne nous est pas possible de recevoir de Dieu cet espoir, cette joie, cette force. « Quand je suis faible, c’est alors que je suis fort ». Ce que Paul dit ici, c’est que c’est quand je reconnais être faible, que Dieu peut investir ma vie. C’est quand je présente devant Dieu ma tristesse, qu’il peut la transformer en joie. Être chrétien ne signifie pas vivre sans peine, sous souffrances, sans persécution. Être chrétien signifie pouvoir traverser les peines, les limites et frustrations que ce monde nous impose, tout en étant habités par quelque chose de plus grand, par une joie qui ne peut nous être retirée si facilement.

Il y a 2 ans, le Pape François était en Suède pour la commémoration de la Réforme. Et son homélie portait justement sur les béatitudes. Les béatitudes comme la carte d’identité du chrétien. A cette occasion il en a proposé de nouvelles que j’aimerais vous lire en guise de conclusion.

Bienheureux ceux qui supportent avec foi les maux que d’autres leur infligent et pardonnent du fond du cœur ; bienheureux ceux qui regardent dans les yeux les rejetés et les marginalisés en leur manifestant de la proximité ; bienheureux ceux qui reconnaissent Dieu dans chaque personne et luttent pour que d’autres le découvrent aussi ; bienheureux ceux qui protègent et sauvegardent la maison commune ; bienheureux ceux qui renoncent à leur propre bien-être pour le bien d’autrui ; bienheureux ceux qui prient et travaillent pour la pleine communion des chrétiens… ils sont tous porteurs de la miséricorde et de la tendresse de Dieu

Philippe Golaz

Pasteur dans l'EPG, je partage ici diverses réflexions, prédications et expériences, en espérant créer la discussion afin que nous puissions nous enrichir mutuellement.

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