Perugino, Le baptême du Christ
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Pour ou contre le baptême d’enfant ? Et si c’était plus compliqué que ça… ?

En début de semaine dernière  j’ai eu une intéressante discussion avec une de mes amies, Haley, sur la question du baptême d’enfants. J’ai également lu avec intérêt cette homélie de Vincent Lafargue (http://www.ab20100.ch/billets/on-ne-le-baptise-pas-il-choisira-plus-tard/), ainsi qu’un intéressant débat sur Facebook avec différents ministres et étudiants en théologie Romands. Voilà pour les éléments qui ont stimulés ma réflexion sur le sujet ces derniers temps. Dans le monde réformé romand le débat se limite souvent, dans la tête des jeunes parents, à un choix de type binaire où soit on baptise son enfant, soit on ne le baptise pas. Bien que je ne vais probablement pas avoir à prendre une telle décision dans un futur proche, cette question me travaille depuis quelques années, et la perspective de devoir choisir entre soit baptiser mon enfant, soit ne pas le baptiser, m’a toujours laissé insatisfait. On oublie cependant une troisième voie qui est celle de la présentation, et qui est à même de mieux répondre aux attentes des parents sans que l’on doive passer par un affaiblissement de ce qu’est le baptême, cela permet même de réaffirmer avec plus de force la particularité du sacrement baptismal.

Le sens du baptême

J’aimerai d’abord rappeler rapidement ce qu’est le baptême. Le baptême est un rite et un sacrement de l’Eglise. Cela veut dire qu’il est le signe visible d’une réalité invisible, spirituelle. L’élément qui le caractérise est l’eau, qui représente à la fois la mort et la vie. Si la dimension de la vie dont l’eau est porteuse relève de l’évidence aujourd’hui, ce n’est plus vraiment le cas pour ce qui est de la dimension de la mort. Dans l’antiquité les grande étendues d’eau comme la mer étaient des lieux extrêmement dangereux pour l’homme. Entreprendre un voyage par la mer était des plus périlleux et on ne s’éloignait jamais trop des côtes afin d’éviter d’être pris dans une tempête ou de devoir faire face à ces monstres marins face auxquels les hommes étaient alors impuissants. La plupart des baptêmes sont fait par aspersion aujourd’hui, c’est-à-dire que l’on verse une petite quantité d’eau sur la tête du baptisé, mais à l’origine il se faisait par immersion totale. Le baptisé plongeait alors dans l’eau, plongeait dans la mort, avant d’en être sorti par celui qui célébrait ce rite, signifiant son retour à la vie. Derrière cela se cache la mort et la résurrection du Christ. Être baptisé c’est comme vivre une seconde naissance, où l’on meurt dans notre nature d’homme pécheur dans un premier temps avant de ressusciter à une vie nouvelle, éternelle, rendue accessible par le Christ à la Croix, et cela gratuitement.

Ignorez-vous que nous tous qui avons été baptisés en Jésus-Christ, c’est en sa mort que nous avons été baptisés? Par le baptême en sa mort nous avons donc été ensevelis avec lui afin que, comme Christ est ressuscité par la gloire du Père, de même nous aussi nous menions une vie nouvelle. En effet, si nous avons été unis à lui par une mort semblable à la sienne, nous le serons aussi par une résurrection semblable à la sienne.
(Romains 6:3–5 )

En plus de cet enseignement sur la baptême donné par Paul, la Bible mentionne plusieurs cas de baptêmes dans le livre des Actes (Ac 2:41 / 8:12 / 8:26-39 / 16:13-15 / 16:27-33 / 18:8 ) qui concernent tous des adultes, qui reçoivent le baptême après avoir entendu et cru à la prédication de l’Evangile. Autour de ces cas de baptêmes, le Saint-Esprit est à l’oeuvre de différentes manières, se manifestant aussi bien avant (Ac 10:44-48) qu’après le baptême (Ac 19:5-6). Ne pas baptiser un enfant ne veut donc pas dire qu’il sera coupé de Dieu et exclu du Royaume, tout comme choisir de le baptiser ne lui donne pas un avantage particulier sur les autres. Au final, c’est bien Dieu qui dispose de toutes choses, et l’administration d’un rite à un enfant par les hommes n’est en rien contraignant pour Lui.

Un dilemme à dépasser

Si l’on a en tête un choix binaire de type baptême / pas baptême, on se retrouve confronté à un dilemme, et cela a justement été mon cas pendant longtemps. D’un côté, il m’est totalement impensable de ne rien faire à la naissance d’un enfant. D’un autre côté, je considère comme une chance de pouvoir vivre le baptême en étant pleinement conscient de la démarche que cela représente. Si j’ai un jour la chance de connaître les joies (et tout ce qui va avec) de la paternité – et j’espère que cela arrivera – il est pour moi extrêmement important de pouvoir non seulement prendre le temps de remercier Dieu pour ce don d’un enfant, mais aussi placer cet enfant sous le regard de Dieu, prendre l’engagement devant Dieu et devant l’Eglise d’élever cet enfant dans la foi chrétienne, et de prier pour et avec lui/elle.

La décision peut être difficile à prendre si on se limite à ces deux seules possibilités. Mais c’est sans tenir compte de la présentation d’enfant (ou bénédiction d’enfant, selon le lieu), qui m’a dernièrement été rappelée par cette amie dont je vous parlais en tout début d’article, qui fréquente une église presbytérienne aux Etats-Unis qui pratique beaucoup ce rite. La présentation d’un enfant est tout à fait biblique, Jésus a été présenté au Temple de Jérusalem par ses parents avant de se faire baptiser à l’âge de 30 ans. Lors de ce rite, il s’agit d’appeler la bénédiction de Dieu sur l’enfant et sa famille, pour les parents de prendre un engagement, et pour la communauté de les accueillir dans la famille chrétienne. Dans le tissus ecclésial réformé romand, la pratique est pour le moins hétérogène. Peu de mes contemporains ont été présentés, à ma connaissance du moins, et les ministres présentent des attitudes diverses en la matière, n’évoquant pas tous de manière systématique cette possibilité.

N’étant pas encore ministre, j’ai posé la question sur Facebook à mes amis pasteurs et autres étudiants en théologie de toute la Romandie. Les réponses ont été des plus variées, de ceux qui bien que la présentation fasse partie des rites officiels de leur Eglise ne la mentionnent pas du tout car cela ne fait pas partie de la culture ecclésiastique, à ceux pour qui « évidemment » on évoque la présentation. Apparemment, plus on se rapproche de Genève, plus la pratique est ancrée dans la culture d’Eglise du canton. Il est à mon sens dommageable de ne pas évoquer la présentation, car cela conduit à un certain affaiblissement du sens du baptême, dans une volonté de rejoindre les parents dans leurs convictions et de présenter un acte liturgique adapté à un tout jeune enfant. Dans bien des cas, l’attente qu’ont les parents par rapport au baptême correspond mieux à ce qu’est une présentation. Ils n’ont souvent par contre aucune idée qu’une telle possibilité existe, d’où l’importance de les en informer. De cette ignorance découle une décision qui s’orientera alors soit vers un baptême « léger », soit vers l’absence de baptême. Carolina Costa m’a répondu: « l’essentiel reste toujours pour moi dans le sens de la demande et de la démarche des familles. C’est pour moi le sens même d’accompagner… Accompagner dans leur spiritualité et leur cheminement de vie. » En proposant la voie de la présentation à des parents qui se questionnent sur la possibilité de faire baptiser leur enfant, nous leur offrons justement la possibilité de faire du chemin, là où ils auraient eu des réticences à faire baptiser l’enfant. Rien n’est imposé à celui-ci, mais « la présentation est un acte de foi des parents, qui viennent devant Dieu avec leur enfant » m’a écrit de son côté Agnès Thuégaz, étudiante en théologie, et Elise Cairus, doctorante en théologie rappelle très justement que « l’amour et la grâce de Dieu précèdent toute naissance ». Il s’agit avant tout de proposer un rite dans lequel les parents se reconnaîtront le mieux, et non pas d’adapter le baptême en fonction des attentes et compréhensions de qui le demande. Ne nous préoccupons pas trop non plus d’imposer ou non quelque chose à l’enfant.

Si l’on entend beaucoup d’athées dire mal vivre le fait d’avoir été baptisés enfants, Etienne Guilloud me rappelait ceci : « Je suis souvent dans la situation où je suis avec des enfants baptisés et des non-baptisés et c’est pas toujours évident de déconstruire cette idée que ceux qui sont pas baptisés seraient moins dans la communauté que les autres. »  Il est vrai que dans le catéchisme nous rencontrons aussi des jeunes qui vivent mal le fait de ne pas avoir été baptisés, et il y a là un grand travail pour leur faire comprendre qu’ils ne sont pas moins membre de l’Eglise et moins enfants de Dieu que ceux qui l’ont été.

Pour conclure

Voilà pour ce qui est de l’état actuel de ma réflexion, récemment stimulée et enrichie par les discussions de cette dernière semaine. Bien évidemment, elle va encore évoluer. Je me réjouis en tout cas de constater que l’EERV a mis à jour son site internet tout dernièrement, proposant la « bénédiction d’enfant » (c’est comme ça qu’ils appellent la présentation) au même titre que le baptême. L’Eglise doit ré-apprendre à se faire porteuse de sens et retrouver son rôle d’éducateur de la société face à un analphabétisme religieux. Le moment de la naissance d’un enfant, avec tout ce que cela comporte de miraculeux, est une belle occasion de (re)nouer des liens avec des personnes éloignées de l’Eglise, et de leur apporter la Bonne Nouvelle qu’est l’Evangile. Le moment du baptême est l’un des trois moments forts de la vie d’une personne et d’une famille où celles et ceux qui sont éloignés de l’Eglise s’y rendent (les deux autres étant le mariage et l’enterrement), et où il est important de savoir apporter une parole pertinente et juste, qui leur permette de se construire non plus en tant qu’individus, mais en tant qu’enfants de Dieu, membres d’une communauté et d’initier un chemin de foi.

Au final, entre baptême et présentation, il n’y a pas une solution objectivement meilleure que l’autre. Il faut prendre le temps de réfléchir aux implications de l’une et de l’autre possibilité, et porter son choix sur celle qui nous semble être la plus appropriée. Pour moi, ce sera probablement la présentation. Et si vous qui lisez cela êtes de futurs parents, j’espère avoir contribué à stimuler votre réflexion sur le sujet, et que vous serez mieux à même de prendre une décision éclairée.

Et vous ? 
Quel choix avez-vous fait/pensez-vous faire pour votre enfant ? Pourquoi ?

Image d’en-tête:
Le Baptême du Christ, par Perugino et Pinturicchio, 1481-1482. Fresque, 335×540 cm, mur nord de la Chapelle Sixtine, Vatican.

golazphil

Etudiant en Master de théologie à Lausanne, je partage ici diverses réflexions et expériences, en espérant créer la discussion afin que nous puissions nous enrichir mutuellement.

11 Comments

  1. Merci Philippe pour cet article très intéressant !

    Une question me vient:
    Si, comme tu l’écris, être baptisé « ne donne pas un avantage particulier sur les autres »et si les non-baptisés « ne sont pas moins membres de l’Eglise et moins enfants de Dieu que ceux qui l’ont été » et si lors de la présentation, « il s’agit d’appeler la bénédiction de Dieu sur l’enfant et sa famille, pour les parents de prendre un engagement, et pour la communauté de les accueillir dans la famille chrétienne »: au final à quoi sert le baptême (et en particulier le baptême d’enfant) ? N’y a-t-il pas de différence entre le baptisé et le non baptisé ? Si oui, quelles sont ces différences ? Si non, à quoi sert-il encore de baptiser ?
    Merci pour les réponses que tu pourras apporter aux questions que je me pose.

    • Merci Ludovic pour ton commentaire.

      Le fait d’être baptisé ou non ne va pas déterminer la capacité de Dieu d’intervenir dans la vie de la personne. Un non-baptisé n’est pas moins aimé de Dieu qu’un baptisé, il n’est pas moins capable d’être en relation avec Dieu non plus. Il ne faut pas pour autant penser qu’une présentation remplace un baptême, il le précède et le prépare. Le baptême est le signe de l’alliance entre Dieu et la personne, le sceau de cette alliance, un peu à la manière dont la circoncision dans l’ancienne alliance est le signe de l’alliance entre Dieu et son peuple. En Christ, dans la nouvelle alliance, cependant ce n’est plus un signe physique visible qui est apposé, mais un signe spirituel que l’on reçoit au travers du baptême. Il s’agit d’un engagement pris par le baptisé, qui déclare vouloir être partie prenante dans cette relation. Dans le cas du baptême d’enfant, ce sont les parents et parrains-marraines qui prennent cet engagement pour l’enfant, qui plus tard, au moment de la confirmation, aura le choix de reprendre cet engagement fait à sa naissance, ou non.

      J’espère avoir pu répondre à tes questions. Je serai aussi intéressé à connaître ton avis sur la question.

      • Ma question est plutôt: qu’est-ce que le baptême change dans la vie du baptisé ? Est-ce que ça change quelque chose d’être baptisé ou non (dans le cas d’un enfant) concrètement et pratiquement pour lui dans sa relation avec Dieu et dans sa vie ?

        Si oui qu’est-ce qui change ? (je parle ici du baptême d’enfant, pas du baptême de conversion à l’âge adulte).
        Si non à quoi sert le baptême pour lui ? (la question de l’engagement n’est pas suffisante puisque tu as dit que la présentation est aussi un temps d’engagement des parents, avec pour corollaire que il aura le choix de reprendre cet engagement ou non en demandant le baptême ou pas).

        Merci 😉

      • Le baptême ne change rien dans la vie du baptisé dans le cas d’un baptême d’enfant selon moi (si on fait la comparaison avec la présentation). La différence se marque plus tard, lorsqu’il y a un engagement volontaire ancré dans la foi lors de la confirmation ou du baptême d’adulte.

      • Quoique, après réflexion, il y a la dimension d’adoption et d’héritage qui entre aussi en compte dans le baptême. A l’image d’une famille d’accueil, qui peut recevoir un enfant en son sein pour en prendre soin, il n’héritera pas des parents comme hériteraient les enfants de sang, à moins d’être adopté. C’est peut-être ici un des arguments en faveur du baptême d’enfant.

    • Bonjour,
      Merci de soulever ce débat. Ludovic, je me posais les mêmes questions, à la lecture de l’article, en voyant que l’enfant était tout autant « aimé de Dieu », etc. avec ou sans baptême.

      Pour cette réponse: Le baptême est le signe de l’alliance entre Dieu et la personne, le sceau de cette alliance, un peu à la manière dont la circoncision dans l’ancienne alliance est le signe de l’alliance entre Dieu et son peuple.

      (C’est le Saint-Esprit qui est le seau dans la nouvelle alliance, selon la Bible. Je ne savais pas que la théologie protestante voyait le baptême d’eau comme le seau)

      Ce qui fait le « centre » de la Nouvelle Alliance, fait le centre du baptême. Bien qu’il serait intéressant de rechercher comment et pourquoi les ablutions étaient pratiquées dans la première alliance, ou encore comment était compris le baptême de Jean.

      Dans les Actes des Apôtres, le baptême sera compris différemment encore mais par des personnes pour lesquelles, « se faire baptiser » signifiaient quelque chose en fonction de la première alliance.

      Les autres explications dans le nouveau testament qui ne parlent pas d’engagements (verset qui est traduit très différemment d’une Bible à l’autre) (et qui ne sont pas à la fin de Marc) donnent un autre éclairage au sens du baptême.

      Comment les parents « approchent-ils » généralement, cette mort et résurrection pour eux-mêmes?

      Qui a-t-il réellement derrière le rite?

  2. Bonjour à vous deux,
    J’ai eu plaisir à vous lire ! et je me dis que les discussions restent les mêmes depuis 10 ans ! car lors du Séminaire de culture théologique c’était un sujet que j’avais choisi comme travail de fin d’unité  » Baptême ou présentation pour un petit enfant » !
    Je vous livre ma conclusion :
    « Je peux adhérer à l’acte d’intersession si c’est la conviction et le but des parents d’emmener leur enfant jusqu’au baptême. Mais je reste convaincue que lors d’un baptême nous recevons gratuitement la grâce de Dieu et les prémices d’immortalités et d’incorruptibilité qu’ainsi après notre mort, nous ressusciterons, serons immortels et incorruptibles et assis à tout jamais auprès de Notre Seigneur.
    Je vous cite encore la phrase du théologien Gustav Aulén qui appelle le baptême :  » Le sacrement de l’amour prévenant de Dieu » que je trouve très belle est qui résume tout !
    Bien à vous Anne-Lise Perret

  3. Merci de cette très riche réflexion ! (Et merci d’avoir cité ma pauvre homélie de curé de montagne).

    Je partage l’avis d’Anne-Lise Perret ci-dessus. Si l’on tient que les sacrements véhiculent la grâce (ok c’est assez catho comme point de vue actuellement), ou disons une certaine grâce, on ne peut pas tenir que le baptême et la présentation sont identiques pour l’enfant. Dans un cas il reçoit une grâce sacramentelle, dans l’autre non.

    Reste à savoir quels effets cette grâce déploie, et je suis d’avis qu’on peut se référer à la parabole du semeur pour esquisser une réponse, moyennant que le terrain soit comparé au milieu de vie, familial, spirituel, de l’enfant.

    – le sacrement peut rester quasi inerte si les parents, parrain et marraine n’attisent pas cette graine – engagement qu’ils prennent au baptême.
    – le sacrement peut être étouffé par les ronces (le relativisme ambiant, l’entourage scolaire de l’enfant, le rejet de l’Eglise par les parents…)
    – le sacrement peut déployer tous ses effets dans une terre fertile et si l’on en prend soin.

    Il y a une chance pour pas mal de risques, comme dans la parabole.

    Mais seul celui qui sème à une chance de te récolter, non ?

    Bien cordialement à tous,
    Abbé Vincent Lafargue

  4. J’ai lu avec intérêt votre article… et les commentaires!

    Beaucoup de parents demandent le baptême pour de mauvaises raisons: avoir la paix avec la famille (ainsi la belle-mère ne trouvera-t-elle plus rien à redire), faire la fête pour se réjouir de la naissance de l’enfant (qu’est-ce qui empêche de faire une fête sans cérémonie religieuse?), parce que ça se fait (qui édicte ce qui doit être fait?)… la liste est longue…

    En tant que catéchète, je trouve très difficile de me trouver face à des parents qui ont pris cet engagement solennel devant Dieu et devant les hommes lorsque leur enfant était encore tout petit et décrètent qu’il n’y aura pas de catéchisme pour lui… Trop souvent, l’engagement est pris à la légère, sans que les parents, parrain et marraine, n’en prennent ni l’entière mesure ni l’entière responsabilité… Ils se sont engagés, mais que peut-on faire, sinon leur rappeler l’engagement pris? On ne peut forcer leurs enfants à venir au catéchisme!!! On ne peut les obliger à les instruire! J’aime mieux des parents qui sont hésitants, qui disent en toute humilité que leur propre foi ne leur permet pas de prendre un tel engagement, mais qui enverront leur enfant régulièrement aux séances de caté… Très souvent, ce sont justement ces enfants-là qui en font la demande, parce qu’il y a chez certains des parents « on choisira plus tard » la véritable intention que l’enfant choisisse… et non qu’il choisisse de ne pas choisir!

    En tant que marraine maintenant, je me trouve aussi dans une position inconfortable: je me suis engagée un 28 décembre pour ma filleule, à l’accompagner sur son chemin de foi et tout et tout… mais je me suis heurtée aux parents qui, eux, avaient décidé qu’il n’y aurait pas de catéchisme parce que la demoiselle n’avait pas le temps (sic!!!). Bien sûr, je l’ai emmenée au culte quand elle était enfant, je lui ai offert divers livres sur la foi adaptés à son âge… et maintenant, son emploi du temps est tel qu’elle n’a même plus le temps de venir me voir… Quelle valeur a alors l’engagement que j’avais pris… et que je n’ai pas tenu (alors que j’accompagne chaque année une dizaine de jeunes sur ce chemin-là, chemin de découvertes et non de doctrines…)

    En tant que maman enfin, j’ai pris cet engagement en toute connaissance de cause. Mes enfants suivent un cursus classique proposé par la paroisse, accompagnées ou non de leurs parrains et marraines respectifs… L’aînée arrivera bientôt à la confirmation et là, elle pourra choisir en tant que personne presque adulte de faire route avec le Christ – ou pas. Ce sera son propre choix. Et même si elle fait le choix de se distancier de l’Eglise pour un temps, ou pour la vie, elle saura que si elle en émet le désir, elle (re)trouvera sa place dans la famille chrétienne. C’est là que réside le vrai choix… et la vraie liberté.

    Pour conclure, je suis sensible à l’argument d’athées que vous citez, qui regrettent que leurs parents aient fait ce choix-là pour eux. Il faut bien remettre les choses dans leur contexte : en tant qu’adultes, nous en voulons toujours à nos parents d’avoir fait certains choix à notre place : prénom, déménagement, agrandissement – ou non – de la famille, nourriture, vacances, lien avec les grands-parents/la famille élargie, apprentissage ou études… Il faut voir que les parents essaient souvent de choisir ce qui sera le mieux pour leur enfant. Le baptême fait partie de ces choix. C’est un choix d’amour, qui dit quelque chose de qui ils sont et de ce qu’ils souhaitent pour leur enfant. Notre liberté d’adulte est de prendre acte de ce choix et d’en faire quelque chose qui nous corresponde.

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