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La crainte de Dieu

Qui n’a jamais eu peur ?

Qui n’a jamais eu peur ? Voilà un sentiment que nous connaissons bien, et dont on se passerait volontiers. Pourtant, elle peut se montrer très utile. Si, au moment de traverser à un passage piéton, une voiture surgit de nul part à toute allure, je suis saisis de peur, immobilisé dans l’instant, sans que j’aie eu à réfléchir. Si je suis encore vivant, c’est précisément parce que j’ai eu peur au bon moment. Dès que le danger est éloigné, la peur s’en va, et je peux reprendre ma route. Parfois, elle peut être au contraire mauvaise et handicapante. Quand elle voit un danger là où il n’y en a pas, quand elle ne nous quitte pas, quand elle exerce un contrôle trop important sur nos vies. Elle peut devenir pathologique, elle peut devenir phobique, et au lieu de nous empêcher de mourir, elle nous empêche de vivre. Dans les deux cas, la peur est quelque chose de plus fort que nous, que nous ne contrôlons pas.

La peur du peuple d’Israël

Tout le peuple entendait les coups de tonnerre et le son de la trompette et voyait les flammes de la montagne fumante. A ce spectacle, le peuple tremblait et se tenait à bonne distance. Ils dirent à Moïse: «Parle-nous, toi, et nous écouterons; mais que Dieu ne nous parle pas, sinon nous mourrions.» Moïse dit au peuple: «N’ayez pas peur, car c’est pour vous mettre à l’épreuve que Dieu est venu et c’est pour que vous ayez sa crainte devant les yeux afin de ne pas pécher.» Le peuple restait à bonne distance, mais Moïse s’approcha de la nuée où se trouvait Dieu.

(Exode 20:18–21 SEG21)

Voilà un texte qui peut nous surprendre. Est-ce que Moïse sait vraiment où il en est ? Ou est-ce qu’il y aurait une erreur dans le texte biblique comme certains commentateurs le laissent entendre ? Il peut nous sembler confus, quand il dit dans un premier temps « n’ayez pas peur », avant de dire le contraire « ayez sa crainte devant les yeux ». Cette traduction Segond 21, comme beaucoup d’autre, rend deux mots différents, peur et crainte, là où l’hébreu n’en connait qu’un seul. On peut également vouloir se moquer un petit peu de ce peuple d’Israël. C’est du peuple élu dont il s’agit ! Et pourtant, ils sont tétanisés, ils sont incapables de bouger et se tiennent bien à distance de Dieu. Ils sont absolument terrorisés à l’idée que Dieu puisse s’adresser à eux, à l’idée d’être en présence de Dieu, et préfèrent envoyer Moïse à leur place. « Que Dieu ne nous parle pas, de peur que nous ne mourions. » Pourquoi tant de peur face au Dieu d’amour ?

Essayons de nous mettre à leur place l’espace d’un instant. Si là, tout de suite dans votre salon, ou dimanche prochain lors du culte, Dieu venait visiblement parmi nous ? Avec les trompettes, la nuée, le tonnerre et tout ce qui va avec. Je crois que nous serions passablement mal à l’aise, n’est-ce pas ? Cela peut être un petit peu difficile à s’imaginer cela réellement. Imaginons-nous alors sur notre lieu de travail, lorsque le grand patron vient nous voir. (ça ne marche pas si c’est vous le patron, mais faites un petit effort pour vous mettre à la place de vos employés). Quand le grand patron, le big boss, quitte son beau bureau et vient à notre place de travail pour nous parler, on est parfois inquiets. Cela a beau faire des années que l’on travaille pour lui, que l’on a fait nos preuves de multiples manières. Probablement que l’on est bien plus à même de faire notre travail que le patron, qui lui, reste enfermé dans son bureau, on peut avoir peur quand ce patron regarde par-dessus notre épaule. « Et si il n’était pas content de mon travail ? » nous demandons-nous. Car après tout, il a le pouvoir de nous virer, lui ! Alors quand il s’en va (enfin!) en nous donnant une tape dans le dos, quel soulagement ! Imaginez donc maintenant ce que cela a dû être pour le peuple élu d’Israël quand Dieu, LE Grand Patron, le big boss de tous les big boss, se pointe pour une petite visite ! On peut alors mieux comprendre pourquoi ils avaient si peur. Cette peur, était suscitée par la grandeur immense de Dieu et par sa toute puissante, qui se confronte alors à la petitesse, à la faiblesse des hommes. On craint alors pour sa vie. Même si l’on sait que Dieu est amour, qu’Il est bon et bienveillant, c’est ce dont il est question dans toute la Bible qui n’est, après tout, qu’une immense déclaration d’amour de Dieu envers l’humanité. Cela ne nous empêche pas d’avoir peur.

L’apprentissage de la peur

Voilà pourquoi Moïse leur dit dans un premier temps « N’ayez pas peur ». N’ayez pas peur car Dieu ne vous veut aucun mal. C’est plutôt facile à dire. Si un enfant est terrorisé par la présence d’un chien, vous aurez beau lui dire « n’aies pas peur », cela ne va pas résoudre le problème pour autant. Il n’y a rien de raisonnable dans ce genre de peur qui nous tétanise. Il faut lui montrer l’exemple, et l’encourager à petit à petit dépasser ses peurs, en prendre conscience, et apprendre à ne plus avoir peur, apprendre à faire confiance. C’est de cela dont il est question quand Moïse dit ensuite « ayez pour lui de la crainte ». Littéralement « pour que Sa peur soit devant vos yeux ». Pour qu’elle soit devant nos yeux, nous devons prendre une certaine distance par rapport à cette peur, et la regarder en face. Il y a un processus d’apprentissage de la peur par lequel nous devons passer afin de laisser place à la confiance, et de pouvoir nous (re)mettre en route. Pourquoi est-ce que le peuple d’Israël a peur d’approcher de Dieu ? Par peur de mourir. Mais si Dieu ne veut aucun mal au peuple, alors pourquoi sont-ils paralysés ? Parce que quelque en eux va mourir s’ils s’approchent trop, et ils sont tellement attachés à cette chose-là, elle a tellement de pouvoir sur eux, qu’ils restent tétanisés. Cette chose dont il est question, c’est le péché. Il faut se détacher de notre péché pour pouvoir entrer en présence de Dieu, et cela a été rendu possible à la Croix. C’est grâce à la Croix en tant que témoignage ultime de l’amour de Dieu pour l’humanité, par lequel la distance entre la nature parfaite de Dieu et la nature pécheresse de l’homme est abolie. Nous pouvons désormais nous approcher de Dieu, car Lui s’est fait proche de nous en premier.

La fin de la peur ?

Est-ce que cela veut dire pour autant que toute peur disparaît, qu’elle fait complètement place nette ? Qu’une fois en présence de Dieu, toute peur et toute crainte est abolie ? Ma réponse à cette question peut surprendre : Non, toute crainte ne disparaît pas ! Et heureusement ! Notre Dieu est un Dieu d’amour, c’est parfaitement vrai. Mais à trop insister en disant que Dieu est amour, on en oublie parfois qu’Il est avant tout Dieu. Il reste notre Dieu, notre Seigneur, le Roi des Rois. Il n’en est pas moins grand, et nous ne sommes pas moins petits face à Lui. Ce qui a suscité la peur au sein du peuple d’Israël n’en est pas moins réel après l’événement de la croix. Le processus d’apprentissage par lequel nous devons passer, ne vise pas qu’à nous permettre de nous détacher de notre peur, mais aussi et surtout à apprendre de cette peur, car elle nous enseigne la prudence et l’humilité. Il faut alors apprendre à discerner entre une peur paralysante, suscitée par le péché en nous, et une peur sainte, que l’on appelle crainte de Dieu et à laquelle le Psaume 34 nous appelle « venez, mes fils, écoutez-moi: je vous enseignerai la crainte de l’Eternel ». Cette peur-là est suscitée en nous par le Saint Esprit, et nous protège des dangers. Elle agit comme un garde fou pour notre vie spirituelle. Ce n’est pas notre corps qu’elle va empêcher de mourir, mais notre esprit, en nous mettant en garde quand nous risquons de retomber dans le péché, quand nous risquons de laisser ce péché reprendre le contrôle sur nos vies et nous dicter nos comportements et nos discours. Car quand nous sommes en présence de Dieu, nous sommes appelés à avoir une attitude, un comportement, un discours, un état d’esprit qui soit digne de Sa présence. Quand notre grand patron se trouve sur notre lieu de travail, nous ne nous comportons pas comme des sacs, mais nous tâchons d’avoir une attitude digne et respectueuse de ce patron. Même quand il n’est pas là, que nous sommes au travail en tant que représentant de notre entreprise, nous nous efforçons d’avoir une attitude digne, cohérente, honorable, par rapport à notre entreprise et notre patron. L’apprentissage de la crainte de Dieu, c’est l’apprentissage de l’attitude, de la dignité, de la tenue de celui ou celle qui fait partie du Royaume de Dieu, de celui ou celle que Dieu appelle « mon fils », ou « ma fille », et cela se vit 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

Faire le bon choix

D’un côté, nous devons apprendre à ne pas nous laisser guider par la mauvaise peur, celle issue du péché, à ne pas la laisser gagner sur nous, mais chercher à être guidés et inspirés par l’Esprit Saint. Nous sommes appelés à prendre nos distances par rapport au péché et la peur, pas par rapport à Dieu.

D’un autre côté, cela s’accompagne de l’apprentissage d’un comportement et d’une attitude digne et cohérente avec cette relation nouvelle qu’il nous est donné de vivre avec Dieu, offerte par Jésus Christ à la Croix. Le passage de l’épître aux Hébreux reprend justement le récit de l’Exode avec lequel nous avons commencé. « Vous ne vous êtes pas approchés d’une montagne qu’on pouvait toucher et qui était embrasée par le feu … Mais au contraire vous vous êtes approchés de la montagne de Sion et de la cité du Dieu vivant … de Jésus médiateur d’une nouvelle alliance… C’est pourquoi, puisque nous recevons un royaume inébranlable, ayons de la reconnaissance, en rendant à Dieu un culte qui lui soit agréable, avec piété et avec crainte. » C’est avec cette attitude, d’humilité et de respect, mais aussi de joie, de reconnaissance, et de confiance, que nous pouvons pleinement vivre notre relation à Dieu, et que nous sommes appelés à vivre cette relation. C’est dans cette attitude-là que nous nous approchons de Lui dans la prière de confession des péchés. C’est dans cette attitude-là que nous recevons Sa grâce. C’est dans cette attitude-là que nous nous mettons à l’écoute de Sa Parole. C’est dans cette attitude-là que nous nous approchons de la table de communion pour prendre part à la Sainte Cène. C’est aussi dans cette attitude-là que nous sommes appelés à vivre chaque instant de notre vie. Trop souvent, j’ai vu dans nos Eglises un manque de crainte de Dieu, qui nous conduit à faire tout et n’importe quoi. On avance que « c’est fun », que « c’est ce que la société attend de l’Eglise ». Mais on oublie de se soucier de ce que Dieu attend de son Eglise !

La question fondamentale que l’on doit se poser suite à la lecture de ces textes est : Mais qu’est-ce qui m’anime ? Qu’est-ce qui dirige ma vie ? Est-ce la peur d’un Dieu que je perçois comme un danger pour ma vie ? Ou est-ce la joie d’une relation vécue dans l’amour et le respect avec un Dieu qui dans sa toute puissance a fait le choix de nous donner la vie, non seulement la vie, mais la vie éternelle en Jésus-Christ notre Seigneur, et cela gratuitement ?

golazphil

Etudiant en Master de théologie à Lausanne, je partage ici diverses réflexions et expériences, en espérant créer la discussion afin que nous puissions nous enrichir mutuellement.

One Comment

  1. Bonsoir !

    Excellent article, merci !

    J’aime bien la conclusion : « Mais qu’est-ce qui m’anime ? Qu’est-ce qui dirige ma vie ? Est-ce la peur d’un Dieu que je perçois comme un danger pour ma vie ? Ou est-ce la joie d’une relation vécue dans l’amour et le respect avec un Dieu qui dans sa toute puissance a fait le choix de nous donner la vie, non seulement la vie, mais la vie éternelle en Jésus-Christ notre Seigneur, et cela gratuitement ? » Ou dit autrement : à qui est-ce qu’on ouvre la porte ? A un « Dieu Tout-Puissant », qui aurait le pouvoir de nous asservir ou de nous détruire ? Ou au « Dieu véritable et la vie éternelle », dont l’amour est tout puissant ?

    Bien à vous et bien fraternellement,
    pep’s

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