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Penser la catéchèse aujourd’hui

La catéchèse est un des défis les plus importants que l’Eglise doit relever, et qu’elle se doit de repenser sans cesse. (C’est également un sujet épineux et complexe, j’ai pour preuves les nombreuses ébauches que j’ai faites pour cet article.) C’est en grande partie par la catéchèse qu’elle peut transmettre et partager son message, cette Bonne Nouvelle par laquelle et pour laquelle elle existe. Elle a connu de nombreuses formes, en connaît aujourd’hui de nombreuses, et en connaîtra encore de d’autres. Cette richesse-là est certainement le fruit de la richesse de cette Parole qu’elle cherche à annoncer. Mais comment transmettre ce message ? Comment en témoigner, notamment dans le catéchisme ?

Parmi les nombreuses formes qu’a pu prendre la catéchèse, beaucoup de gens ont encore en tête le catéchisme doctrinal et scolaire qui était la règle au XVIe siècle, fortement présent dans les catéchismes de Calvin et Luther, mais qui a également été expérimenté encore récemment par nos parents par exemple, jusque dans les années 70. Cette méthode-là était assurément pertinente et utile au XVIe, elle répondait aux besoin de son temps, mais elle est assurément inadaptée aujourd’hui. Ce que je dis là n’a rien de nouveau, ce constat a déjà été fait dès les années 80, où a commencé à naître une nouvelle forme de catéchisme, radicalement différent et qui s’est concrétisé dans les années 90, notamment dans le travail de Pierre-Luigi Dubied qui a écrit « Apprendre Dieu à l’adolescence », c’est le catéchisme existentiel. Bien que cette réforme ait vu juste, elle est allé trop loin dans son souhait de transformer la manière de donner le catéchisme. Elle a voulu recentrer la pratique catéchétique sur le vécu, sur l’existence de l’individu à qui l’on dispense le catéchisme, au point d’en oublier la raison d’être de la catéchèse, à savoir permettre aux catéchumènes de découvrir qui est Dieu, qu’elle est Sa Parole, et pouvoir se positionner face à cela. J’estime qu’il faut aujourd’hui chercher une position médiane, offrir la possibilité aux catéchumènes d’expérimenter, de vivre, de sentir résonner avec leur existence, ce message, cette Parole, Dieu lui-même, leur présenter la Bible non comme livre plein de sagesse, mais comme véritable Parole Vivante, qui leur parle aujourd’hui.

Pour y parvenir, pour pouvoir « enseigner » (avec de gros guillemets) correctement à nos « apprenants » (de nouveau avec de gros guillemets), il faut commencer par inverser les rôles, par prendre une position d’apprenant, et nous poser cette question : A qui parlons-nous ?

Des adeptes de l’expérimentation

L’adolescence, c’est précisément la période où tout se joue dans la vie d’un adulte en devenir. C’est également là que la question de l’expérience est centrale, car c’est l’âge auquel l’expérience est recherchée et attendue. L’adolescent, entre 12 et 16 ans, aime les films d’horreurs qui le font frémir, les montagnes russes aussi hautes que possibles qui lui procurent des poussées d’adrénaline, la sexualité se réveille et les expérimentations vont de pairs. C’est l’âge aussi où certains vont chercher les expériences fortes via différents produits plus ou moins bons pour la santé et plus ou moins légaux, entre alcool et drogues. N’occultons pas cette réalité-là. A cet âge-là on aime ressentir des choses, quelles qu’elles soient, peu importe comment elles viennent parfois.
Cet à travers cette expérimentation, notamment, que le jeune va chercher à se connaître, à se construire, à se définir lui-même. On comprend alors d’une part pourquoi il est important de soigner le catéchisme que l’on offre à cette tranche d’âge qui pourra aussi bien adhérer que rejeter en bloc ce que nous proposons, et d’autre part en quoi notre message peut être pertinent et adéquat à ce moment-là de leur existence, où Dieu leur dit « tu es mon fils, ma fille, bien aimé(e), je t’ai choisis ».

Des jeunes en réseau

Outre son attrait pour les sensations et les expériences, l’adolescent du 21e siècle est connecté, il est en réseau. Et c’est certainement quelque chose que l’on a tendance à oublier. Nous pensons nos communautés selon des critères géographiques et démographiques. Mais la vérité est que la jeune génération a de plus en plus tendance à cesser de se penser selon ces catégories-là, pour penser de plus en plus selon des catégories de réseau et d’intérêt. Que ce soit sur Facebook, Twitter ou divers forums, chacun a ses propres communautés qu’il se choisit et qui correspondent, qui rejoignent ses propres intérêts. L’identité n’est plus tant géographique, mais elle est identité liée à une appartenance volontaire à un groupe d’intérêts donnés. La densification des réseaux de transports publics, l’accès toujours plus tôt et pour toujours plus de monde à des moyens de locomotion comme le scooter ou la voiture participent et favorisent également ce mode de fonctionnement dans la vie de tous les jours. Pourquoi aller dans le club de sport de ma commune, quand je peux aller dans celui de la commune d’à côté où tel ami se trouve ? Il en va de même pour nos églises, et pour notre catéchèse. Si un jeune a le désir de vivre un culte, ou d’intégrer une communauté religieuse, il n’ira pas dans celle de sa commune, de sa paroisse, mais dans un lieu qui fait partie de son réseau, et/ou qui correspond à son intérêt. Dans la plupart des régions, le catéchisme se donne de moins en moins en paroisse, et de plus en plus au niveau régional, proposant un choix d’activités plus ou moins large, à choix. C’est une bonne chose, car elle permet au jeune de choisir une activité de catéchisme qui rejoigne ses intérêts, qui traite d’un aspect, d’une thématique, dans laquelle il se sent rejoint.  Seulement, les paroisses s’attendent à ce qu’après cela, leurs jeunes viennent dans leur paroisse. Et s’il en est autrement, on accuse les autres de nous « voler nos jeunes ». Si si, je l’ai entendu ! Il faut que cette nouvelle compréhension de nos appartenances remonte petit à petit dans les paroisses.

D’autres appartenances

Je souhaite développer un peu plus cette notion d’appartenance, évoquée juste avant. L’appartenance implicite occupe de moins en moins de place dans nos vies, au profit d’autres formes d’appartenance. Nous pouvons en distinguer quatre:

  • « L’appartenance implicite désigne une agrégation de fait; elle a pour paradigme l’Etat ou la nation. (…) »
  • « L’appartenance informelle a pour paradigme la foule. (…) »
  • « L’appartenance élective se manifeste par l’adhésion d’un individu dans un club ou une association. Elle est personnelle et se décline sur le mode du choix.(…) »
  • « L’appartenance de fonction (…) définie jadis par un métier et par un statut […] a perdu de son intensité et de son caractère honorifique. (…) »

De ces quatre types d’appartenance, c’est l’appartenance élective qui gagne du terrain. L’Eglise est devenue une association parmi d’autre, elle est une activité, une occupation, parmi un éventail d’offres, et se retrouve en concurrence directe avec le foot, le piano et l’école. Il s’agit aujourd’hui de savoir se positionner, et cela doit passer entre autres par une identité clairement définie. Cette identité est formée par notre spécificité, et c’est cela qu’il faut mettre en avant, car en matière de fun, d’éclate, d’activités sportives, etc., soyons francs, les associations dédiées le font bien mieux que nous. Qu’elle est donc notre spécificité ? Le message biblique. Les jeunes se sentent certes de plus en plus libre de ne pas fréquenter le catéchisme, mais il sont également loin d’être bêtes, et se rendront rapidement compte si l’on essaie de les faire venir sous de faux prétextes en leur vendant le même divertissement que ce que l’on trouve ailleurs. Nous restons Eglise, et chacun sait à peu près à quoi s’attendre de notre part. Alors bien sûr, il ne s’agit pas de retomber dans une austérité extrême, où il ne faudrait surtout pas que les jeunes aient du plaisir dans leur catéchisme au travers de différentes activités sportives ou ludiques, mais ces activités ne doivent pas être le prétexte, elles ne doivent pas être non plus le sujet de nos activités, mais un bonus, un support sur lequel retomber, au travers duquel faire résonner ce message que nous souhaitons leur apporter. Posons-nous alors la question de savoir en quoi tel film, telle sortie, telle activité sportive peut venir apporter quelque chose au message que l’on veut faire passer. On veut les emmener au cinéma ? Très bien, mais entre Transformer 4 et Calvary par exemple, le second choix ne permetterait-il pas d’animer une intéressante discussion sur ce qu’est la foi ? Un trek de deux jours ? Très bien, cela permettra de parler de l’épreuve, de la persévérance, de la confiance, du soin porté aux autres.

De ma propre expérience, les jeunes sont capables de comprendre, de vivre, et de s’approprier beaucoup plus de choses que leur jeune âge ne laisse parfois transparaître, et il ne faut pas avoir peur d’être trop direct, trop biblique, trop chrétien, dans notre manière de donner du catéchisme. Une retraite en monastère ? Aussi étonnant que cela puisse paraître, ils seront au rendez-vous, et vous avez de bonnes chances de les voir poursuivre leur cheminement au-delà et en dehors du cadre du catéchisme.
Je résumerai ma position en deux points principaux. Osons offrir un catéchisme audacieux, un catéchisme qui engage. Et sachons nous remettre en question, apprendre de nos erreurs et des réussites des autres (et inversement).


 

Bibliographie

  • COTTIN, Jérôme (éd.), « Catéchèse protestante et enseignement religieux. Etat des lieux et perspectives », Genève, Labor et Fides, 2013.
  • DUBIED, Pierre-Luigi, « Apprendre Dieu à l’adolescence », Genève, Labor et Fides, 1992
  • MOSER, Felix, « La théologie pratique, esquisse et fragments« , Zürich et Berlin, Lit Verlag, 2013

 

En photo de couverture, un trek sur deux jours lors d’un camp en Norvège sur le thème de la confiance et de la foi.

Notes:
1. Ayant surtout de l’expérience avec les adolescents et les jeunes adultes, c’est dans cette perspective-là que je vais poursuivre mon propos.
2. Je reprend ici ce que Felix Moser développe dans cet article: « MOSER, Felix, « Croire et appartenir à l’Eglise », in La théologie pratique, esquisse et fragments, Zürich et Berlin, Lit Verlag, 2013
Ayant surtout de l’expérience avec les adolescents et les jeunes adultes, c’est dans cette perspective-là que je vais poursuivre mon propos.
Je reprend ici ce que Felix Moser développe dans cet article: « MOSER, Felix, « Croire et appartenir à l’Eglise », in La théologie pratique, esquisse et fragments, Zürich et Berlin, Lit Verlag, 2013

golazphil

Etudiant en Master de théologie à Lausanne, je partage ici diverses réflexions et expériences, en espérant créer la discussion afin que nous puissions nous enrichir mutuellement.

2 Comments

  1. Bonjour. je découvre votre blogue via « Theologeek ». Je vous remercie de ce partage fort intéressant, lequel rejoint une réflexion analogue : comment transmettre, d’une génération(la X, par exemple)à l’autre(la Y, autre exemple) ?

    Bien à vous et bien fraternellement,
    Pep’s

    • Merci de votre commentaire. La question de la transmission est en effet sans cesse à repenser. Nous sommes nous-mêmes héritiers d’un message qui a été transmis de génération en génération, et avec cet héritage vient également la responsabilité d’en assurer la pérennité. Et le défi n’est pas mince !

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