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Réparer la foi ?

Hier soir, je regardais un épisode de la série Firefly, sorte de mélange de western et de science-fiction avec Nathan Fillion (Castle) dans le rôle principal du commandant Malcolm Reynolds qui dirige une petite équipe de pirates et autres marginaux fuyant la société ou en étant exclus pour diverses raisons. Au milieu de cette équipe, nous trouvons le Pasteur Book et la jeune River qui présente des capacités intellectuelles hors normes, et qui nous offrent ce bel échange dans l’épisode 7 :

 

Book: A quoi t’occupes-tu, mon ange ?

River: Je répare votre Bible

Book: Quoi ?!

River: La Bible est cassée. Contradictions, erreurs de logistique…elle ne fait pas sens.

Book: Non, tu ne peux pas …

River: Nous intégrerons la théorie de l’évolution non-progressive avec la création d’Eden par Dieu. Onze parallèles métaphoriques inhérentes s’y trouvent déjà. Onze, nombre important, nombre premier. Un va dans la maison de onze onze fois mais n’en ressort toujours que un. L’arche de Noé est un problème.

Book: Vraiment ?

River: Nous devons l’appeler « phénomène d’état quantique initial ». C’est la seule manière de faire entrer 5000 espèces d’animaux dans un seul bateau.

Book: Donne-moi ça, River, Tu ne … répares pas la Bible

River: Elle est cassée ! Elle ne fait pas sens !

Book: Il ne s’agit pas de faire sens, il s’agit de croire en quelque chose, et laisser cette croyance être suffisamment réelle pour changer ta vie. Il s’agit de foi. Tu ne répares par la foi, River, c’est elle qui te répare.

 

Il est question là de l’éternel débat entre croyants et athées (même si c’est un peu caricatural), du rapport à la vérité de la Bible (quelle vérité ?), et de notre rapport en tant qu’êtres humains à ce texte. Si je ne suis pas entièrement d’accord avec tout ce qui est dit dans ce petit échange, je trouve qu’il met bien en lumière la difficulté qu’il peut parfois y avoir quand il s’agit de parler de la Bible à quelqu’un qui a une perspective totalement différente de la nôtre d’une part, et d’autre part l’attitude que l’on adopte trop souvent et trop rapidement de vouloir réparer notre Bible.

Une question de perspective

Book et River portent chacun un regard fondamentalement différent sur le texte biblique, et en attendent également des choses totalement différentes. River a besoin de cohérence et de logique, elle lit le texte avec ses yeux de surdouée et à la lumière de son intelligence, de ce qui du point de vue humain et logique et sensé. Il est donc normal que de nombreux éléments la trouble, et qu’elle cherche à corriger cela. Book a par contre une toute autre perspective, et considère le rapport entre lui et la Bible de manière totalement inverse. Ce n’est pas avec un esprit de logique qu’il lit le texte, mais avec sa foi. Et plutôt que de vouloir réparer la foi, plutôt que de vouloir réparer la Bible selon ce qu’il aurait estimé devoir être réparé d’après ses critères humains et logiques, il se laisse être réparé par la foi, par la Bible.

Là où je ne suis pas forcément d’accord, c’est sur la question du sens. Quand la question du rapport entre science et foi m’est posée, je répond souvent en disant que les deux répondent à des questions différentes, et ne peuvent donc pas tellement être comparées. La science, avec sa logique et ses outils d’analyse, cherche à répondre à la question comment ?. La foi (et la Bible est un livre de foi, non de science), répond quand à elle à la question pourquoi ?. C’est donc du côté de la foi et de la Bible que se trouve le sens, le sens de notre existence, le sens de nos souffrances, de nos joies, de la vie et de la mort. Mais pour qu’elle fasse sens, encore faut-il la lire avec le bon regard, à savoir celui de la foi qui nous transforme.

Réparer notre Bible

135282_0_900x675_0b3b44fa2203162a9fc4b9f434f42b5e1bdeb55bMais même lorsque nous lisons note Bible avec la foi, notre raison n’est jamais très loin, et dans l’idéal, les deux travaillent ensemble pour nous aider à mieux comprendre le texte biblique, tout en nous transformant, tout en nous réparant. Mais parfois, nous butons tout de même sur un passage ou un autre dans lequel nous n’arrivons vraiment pas à trouver un sens qui nous satisfasse, ou une incohérence qui semble impossible à résoudre. Trop souvent, nous avons alors tendance à vouloir réparer cette incohérence d’une manière ou d’une autre. Comment les réparons-nous ? Soit en forçant le texte pour lui faire prendre une forme qui nous dérange moins, qui nous plait plus, un peu comme les enfants avec leurs jeux de formes qui veulent absolument que le plot carré passe dans le trou en forme de triangle. Soit en ignorant purement et simplement un passage, en espérant que peut-être il finira par disparaître.

Alors non, on ne répare pas la Bible. Vouloir corriger ce qui nous paraît absurde ou incohérent du point de vue de notre logique humaine, c’est passer à côté du message véritable. Et vouloir tordre le texte, ou en ignorer des passages qui nous déplaisent, c’est passer à côté du but, qui est de se laisser appréhender et transformer par cette foi, et par cette Bible.

golazphil

Etudiant en Master de théologie à Lausanne, je partage ici diverses réflexions et expériences, en espérant créer la discussion afin que nous puissions nous enrichir mutuellement.

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